Conférence de Michel Barnier à l’Ecole Militaire le 5 novembre 2013

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 La vidéo de la conférence est disponible sur le site de l’IHEDN

 

Article par Béatrice Cante Guillaumin

Introduite par les propos du général Perruche et du général Duquesne, l’intervention de Michel Barnier, commissaire européen au Marché intérieur et aux Services, ce mardi 5 novembre 2013 à l’Amphithéâtre Foch de l’Ecole Militaire, tendait à revenir sur les enjeux du Conseil européen de décembre, lequel sera consacré, pour la première fois, à la défense.

Et pour cause, Michel Barnier, qui met un point d’honneur à rappeler qu’il n’est pas un technocrate apatride mais un homme politique, fervent patriote, insiste sur le fait que la France et l’Europe connaissent à l’heure actuelle « un moment de vérité ». La situation politique, économique et budgétaire est telle en France et en Europe qu’un sentiment de gravité prévaut. En effet, la crise économique et financière a coûté 14 points de PIB aux États européens engendrant de ce fait une aggravation, une accélération, de la crise de la dette de nombreux pays européens. Et les faiblesses structurelles inhérentes à la zone euro n’ont pu endiguer le phénomène.
Néanmoins, le commissaire européen a également souhaité mettre en lumière la lueur d’espoir que laisse poindre la reprise. Selon lui d’ailleurs, le Conseil européen du 29 juin 2012 et les décisions qui ont été prises à cette occasion contribuent à en faire le Conseil névralgique. Il note à ce titre une meilleure maîtrise des dépenses publiques, une régulation financière qui s’est étendue à tous les secteurs, et une meilleure gouvernance économique.

Toutefois, la redistribution de la puissance à l’échelle mondiale participe à remettre en cause l’UE en tant qu’acteur effectif. Dans les 10 puissances économiques mondiales, 4 pays sont à l’heure actuelle européens (France-Allemagne-Royaume-Uni-Italie). Mais à moyen et long terme, aucun pays européen n’aura la capacité de se maintenir dans ce classement. La montée en puissance de l’Asie, la rareté des ressources et les inégalités qu’elle provoque, pourraient entraîner des tensions et l’UE ne semble pas disposer de tous les instruments pour les gérer. Gérer des crises demande la mobilisation des instruments diplomatiques mais également, parfois le recours à la force. Or, d’après le SIPRI, entre 2001 et 2010 il est possible d’observer une augmentation des dépenses militaires de 170% en Asie mais de seulement 4% en Europe.

Au travers ce tableau contrasté du contexte dans lequel va intervenir le Conseil européen de décembre que dresse Michel Barnier, se dessine une interrogation concernant la défense nationale : la défense nationale est-elle toujours et seulement une question nationale ? Autrement dit, la défense de l’intérêt national est-il seulement une question nationale ? Pour le commissaire européen, la réponse est manifestement négative. A ce titre, si la France doit pouvoir disposer d’une autonomie stratégique, il n’en demeure pas moins qu’il s’avère impossible qu’elle l’obtienne seule. Cette dernière considération peut d’ailleurs être illustrée par la construction du satellite Galileo.
La défense européenne est présente donc un intérêt majeur et il convient de renforcer l’Europe de la défense et de continuer son développement. Lors d’une audition devant le sénat le 11 octobre l’amiral Guillaud avait mis en garde face à « une hibernation de l’Europe de la défense ». En effet, cette dernière connait un double blocage que met en exergue Michel Barnier :
• Institutionnel : quel est le rôle des structures ?
• Idéologique : pas de consensus et disparité entre les Etats.

Et il est nécessaire que le Royaume-Uni participe pleinement car dans le cas inverse, la politique étrangère et de défense européenne perdra en crédibilité et en légitimité.

C’est donc pour cela que le Conseil européen de décembre sur la défense est très important. A ce titre, la commission européenne ne dispose que de peu d’outils en matière de défense. Elle dispose de compétence sur les questions de licences et de marchés publics. Son implication dans le processus s’insère donc plus dans le cadre de l’industrie de la défense. Et si certains jugent qu’il serait nécessaire que la commission obtienne un champ de compétence plus étendu sur les enjeux de défense, Michel Barnier tient à rappeler que le traité ne confère pas d’autres rôles à la commission et que n’émane pas de la volonté des ministres de conférer de nouvelles responsabilités à la commission dans ce domaine.

Ainsi, si Michel Barnier s’est finalement peu exprimé sur les questions de défense, il n’en demeure pas moins que son intervention sur le sujet a eu le mérite de redéfinir le cadre d’action de la commission et d’éclairer sur les enjeux de défense auxquels se trouvera confronté le Conseil européen de décembre. Mais avant tout, Michèle Barnier a démontré qu’il était un orateur remarquable et un homme de conviction.

La phrase à retenir
« La bonne protection n’est pas le protectionnisme mais l’investissement en commun ».

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