A PROPOS DU CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN …

L’article publié suite à l’intervention du Général (2S) Jean Paul Perruche dans le journal La Croix du 1er août dernier a donné lieu à d’abondants et intéressants commentaires des membres d’Eurodéfense-France illustrant les différences de conceptions et d’approches d’un conflit infiniment complexe, dont certaines des racines sont même antérieures à la création de l’Etat d’Israël, selon que le regard est d’abord guidé par l’émotion ou par une analyse plus technique et donc plus cynique des causes du conflit.. Les principales questions soulevées sont résumées ci-après.

Une question se pose régulièrement : peut-on mener une guerre à Gaza en évitant les pertes civiles ?

Dans ce type de conflit asymétrique il faut concilier les effets recherchés sur l’adversaire, les pertes consenties chez soi et les dommages collatéraux tolérables chez l’adversaire. Ce sont des choix éminemment politiques et aujourd’hui plus que jamais, le choix des moyens utilisés pour conduire une guerre ou une action étatique violente est une responsabilité politique.

Il y a bien sûr la position du militaire qui doit assumer sa mission, au mieux des circonstances, mais rappelons-nous que c’est bien la prise de conscience que les « dommages collatéraux » étaient totalement contre-productifs tant vis-à-vis de la population que progressivement dans l’opinion publique, qui a conduit à un changement de stratégie des américains et notamment dans l’usage des drones armés et dans leurs méthodes d’intervention.

Il serait incorrect de penser que les militaires seraient des va-t-en guerre qui n’auraient aucun souci des pertes causées chez l’adversaire . Ils connaissent plus que tout autre les « infortunes » de la guerre, mais comme l’avait observé le Gal Smith (ancien DSACEUR) de ses expériences dans les Balkans, la guerre se déroule maintenant « au sein des populations ». Les populations sont à la fois enjeux et otages de la guerre et c’est une donnée à prendre en compte par les militaires. Par ailleurs, dans ce type de conflit, la notion de pertes « civiles » est extrêmement ambiguë, de même, hélas que le concept d’hôpital ou d’école, trop souvent transformés, comme cela a pu être régulièrement constaté par exemple dans les Balkans, en dépôts de munitions, ou en abri de postes de commandement…

 Il ne faut pas non plus oublier que depuis la première guerre mondiale, toutes les guerres sont devenues totales et impliquent autant, voire plus, les civils, impuissants à se défendre et à se protéger que les militaires. Quant aux guerres révolutionnaires, elles prennent les populations –amies et/ou ennemies- en otage: on dit ‘guerres asymétriques, guerres des pauvres contre les riches, des faibles contre les puissants’. Certes. Mais guerre, et guerre totale quand même. Nous pouvons pétitionner autant que nous le voulons, si les belligérants ne se mettent pas autour d’une table, ne respectent pas les trêves et sont décidés à continuer le combat, le combat continuera, les civils continueront à être massacrés, victimes de leurs propres dirigeants.

On peut être surpris par le silence des « démocraties, mais que peuvent elles faire ?

Où sont les Jean-François Deniaud et autres défenseurs des droits et lanceurs d’alerte qui, certes, n’avaient pas empêché les massacres en Bosnie, mais avaient au moins donné mauvaise conscience à la lâcheté des responsables politiques ? Il a fallu attendre les larmes de Chrisopher Guness, porte parole de l’ONU à la suite des bombardements d’un camp de réfugiés dans une école de l’ONU pour voir un peu d’humanité et de compassion de la part d’un haut responsable. L’on ne peut être que profondément ému par la mort de civils palestiniens, femmes et enfants compris. Le politique est lui même un être humain doté d’émotion et de capacité de compassion, mais il est qui plus est très sensible à l’opinion publique. Et si cette dernière est parfois difficile à sensibiliser, lorsqu’elle se mobilise, les montagnes peuvent être déplacées. L’indignation fait partie de la stratégie militaire, elle est un mal nécessaire pour que l’action de la Communauté Internationale soit efficace, il faut que les opinions publiques s’indignent, mais il faut aussi que les Etats s’accordent sur les moyens à mettre en oeuvre pour résoudre ce conflit et ce n’est malheureusement pas encore le cas. Dans ces circonstances, il faut prendre garde à ne pas privilégier des approches émotionnelles à une analyse aussi approfondie que possible des situations en vue d’en déduire les actions à conduire au service d’un objectif de moyen et long terme.

En juillet 2014, 2874 missiles ont été ainsi tires vers des zones habitées d’Israël. Certes ils n’ont fait « que » 6 morts et 34 blessés. Si ces 2874 missiles palestiniens avaient tous atteint leur cible, les morts civils israéliens auraient été bien supérieurs aux 1122 morts civils palestiniens enregistrés le même mois. Or, selon l’article 121-4 de notre code pénal une tentative d’homicide qui n’a échoué que pour des raisons indépendantes de son auteur est aussi grave qu’un homicide. Dans ce conflit les violences faites aux populations civiles sont donc tout aussi condamnables dans les deux camps.

 En tout état de cause, la guerre est sans doute le plus mauvais moyen de faire de la politique et la faute des hommes politiques est évidemment de penser que la guerre constitue la solution au problème. Dans le cas présent les responsables israéliens et ceux du Hamas commettent la même faute. Cependant, l’histoire nous montre que pour ne pas subir la guerre imposée par une seule volonté, il faut pouvoir y répondre par les moyens appropriés: dissuasion, sanctions, mais aussi opérations.

 Manifestement à Gaza les Israéliens cherchent davantage à punir ceux qui les gênent plutôt que d’essayer de résoudre avec eux leurs problèmes communs. C’est pourquoi la politique d’Israël peut être contestable et contestée.

Les gouvernements israéliens paient leur refus de toute solution politique négociée, et le Hamas n’est que le dernier prétexte en date : Rabin est mort d’avoir voulu la paix, aujourd’hui ce sont les faucons politiques et militaires qui continuent à mener Israël dans l’impasse, en sacrifiant à la fois le présent des Palestiniens et le futur de leurs propres générations.

 A cela s’ajoute qu’Israël ne souhaite pas, pour sa part, être une tribu du moyen orient[1]. Cette réponse fut donnée par les différents gouvernements israéliens après l’assassinat d’I. Rabin et l’enterrement du processus de paix au moyen orient. Le fait qu’Israël n’ait jamais accepté d’une part la résolution 242 consacrant le retour aux frontières de 1967, ni ratifié d’autre part le Non Proliferation Treaty, l’a mis dans une posture difficile et qui le sera de plus en plus dans le futur vis a vis de voisins de mieux en mieux armés, financés et extrêmement déterminés. Cette réalité se confronte à un Etat hébreux embourgeoisé, s’appuyant davantage sur la technologie que sur le fantassin ou le kamikaze pour déstabiliser l adversaire à défaut de le vaincre.

Les plus pacifiques des palestiniens ont désormais émigré et ne sont bien souvent restés que ceux qui ne peuvent pas émigrer et qui se sont radicalisés. Certains kamikazes étant des hommes ayant un emploi, parfois mariés avec des maris désespérés. Que dire alors de ceux enrôlés après avoir vu leur maison détruite pour la seconde ou troisième fois, leurs petites sœurs et petits frères tués ou blessés par les bombes israéliennes, et leurs espoirs d’un avenir totalement anéantis.

 La question réelle de ce conflit est de savoir si les uns comme les autres, sont prêts à renoncer à l’emploi des armes?  Ne serait ce que le temps qu’une force d’interposition, une solution elle même contestée, ne se déploie dans la région. Or, il semble peu probable que la branche terroriste du Hamas accepte d’être désarmée, ce qui serait pourtant une condition nécessaire pour que les belligérants acceptent une force de maintien de la paix. Il est vrai que le non respect des accords passés, Oslo en 1993 ou bien Aquaba en 1994 ont contribué à briser la confiance et de nombreux rêves ont été mis en pièce avec la disparition tragique de Rabin.

Il est évident que seule une solution politique permettra de résoudre durablement ce conflit. Cela suppose l’intervention d’un tiers, de bons offices aurait on dit à une certaine époque. Dans cette géopolitique subtile mais tourmentée, l’Europe avait une carte à jouer et la France en particulier pour au moins contribuer au dialogue entre les protagonistes et pour imposer, à minima, les couloirs humanitaires et le respect des trèves. L’Europe, essentiellement par la diversité de ses membres et leur propre histoire, leurs propres liens avec les intervenants directs et indirects dans ce conflit aurait pu s’imposer et sans doute avancer dans la résolution d’une partie du conflit.

Pourtant l’Europe d’aujourd’hui ne donne pas l’impression, à travers sa haute représentante, d’une réelle implication. Ceci étant si l’on  compare le positionnement des états membres  de l’UE en 2014 par rapport à celui de 1920, au sortir des accords Sykes Picot  il y a du mieux, notamment avec l’envoi d’un envoyé spécial, le ministre Moratinos.

En attendant que ce conflit ne cesse, des générations de terroristes se forment. Et quand ils sont assez nombreux pour combattre sur place, le surplus se retrouve sur d’autres théâtres : Afghanistan, Syrie, etc. Un autre front s’ouvre aujourd’hui en Irak et qui risque de s’amplifier, voire même d’embraser une partie du proche et moyen Orient, celui des Chrétiens d’Orient.

La guerre est une chose abominable et c’est pour cela qu’il faut faire l’impossible pour l’éviter. Mais il arrive  qu’on ne puisse pas arrêter le processus dès lors que la haine des peuples  se déchaine. Notre réaction trop tardive, trop timide pour soutenir les chrétiens d’orient  opération qui se justifierait plus que toute autre au nom des droits de l’homme, par crainte d’apparaitre « partiaux  » par rapport à d’autres communautés vivant en Europe, par incapacité à lancer une autre opération militaire de grande envergure qui serait la justification des prédictions de S. Huttington sur le choc des civilisations et que chacun attend comme au poker menteur, fait courir de nouveaux risques à la stabilité mondiale. Laissons alors l’appréciation de cette situation aux stratèges : est il préférable d’attendre ? Ne serait ce que pour ne pas courir les risques, en cas d’échec, d’être accusé d avoir été le déclencheur des hostilités, ou bien passer à l’offensive, à condition d’en avoir les moyens ? L’Histoire jugera mais une chose demeure certaine : ces crises mettent en péril la stabilité de régions entières et la sécurité de l’Europe en est affectée.

[1] Article publié en 1997 par Yves Gazzo – dans sa version originale « is peace possible ? »

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