Nouveau: la synthèse du Colloque – Expression de la puissance au XXIe siecle

Très riche en contenu, ce colloque a été l’occasion d’exprimer la puissance « selon tous ses états ». Certains pourraient à eux seuls couvrir tout le programme d’une manifestation future : puissance impériale, puissance émergente, puissance normative, puissance pauvre, puissance inquiète, puissance civile, puissance normative, puissance diluée, puissance installée, puissance hégémonique, puissance décentralisée, puissance diluée, puissance structurelle, puissance aléatoire, puissance fractionnée, puissance moyenne, grande puissance et puissance militaire.

Le séminaire a été ouvert par le sénateur Yves Pozzo di Borgo, président de l’Institut Jean Lecanuet, puis par Monsieur Alvaro de Soto, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU.

Le sénateur Pozzo di Borgo a rappelé la question posée par Laurent Fabius à propos de l’évolution du monde : sera-t-il bipolaire, multipolaire ou apolaire ? M. de Soto s’est interrogé sur la pérennité de la conception traditionnelle de l’Etat. Il a cité M. Boutros Boutros-Ghali qui comparait la situation de l’après-guerre froide à celles qui ont suivi les guerres napoléoniennes et les deux conflits mondiaux : une période de rémission autour de conférences de chefs d’Etat et de gouvernement sur le thème « plus jamais cela » suivies d’un retour au désordre. M. de Soto note avec prudence que l’utilité de l’emploi de la force semble entrer en déclin.

Première table ronde : Analyse comparée des stratégies de puissance

Le Professeur Frédéric Charillon, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, introduit la première table ronde et rappelle les caractères ambivalents de la puissance, entre dissuasion et faiblesse. Ce qu’on appelle habituellement « puissance classique » n’est plus opérationnel. L’analyse comparée des pays mettant en œuvre différents types de puissance traduit trois axes principaux, le traditionnel ou hard power (ex. Russie, Israël), la force et la séduction ou smart power (ex. USA) et le souple et le mou, le soft power (ex. UE). Le Pr Charillon pose ensuite une série de questions et introduit la notion de « puissance impériale » qui serait organisée par des sortes de régulateurs régionaux comme la Chine et la Russie. Cette notion sera fréquemment reprise tout au long du colloque.

  • Les Etats-Unis, Alexandra de Hoop Scheffer (Directrice du Marshall Fund of the United States)

En 2010, Hilary Clinton disait : « Nous devons appliquer la puissance de différentes manières ». Aux Etats-Unis, la notion de leadership se définit autour de trois concepts : les leaders, les suiveurs et le contexte. La National Security Strategy ne se demande pas si les Etats-Unis doivent diriger le monde, mais comment ils doivent s’y prendre. Les Etats-Unis ont un lourd héritage, avec une perception très négative de leur image à cause de leur interventionnisme passé. Le leadership américain est en profonde évolution et sa nouvelle forme sera durable : le Président Obama n’est pas à considérer comme une parenthèse. Celui-ci veut utiliser la force militaire d’une autre manière et déléguer une partie de ses responsabilités. « Aider les autres à s’aider eux-mêmes », mais les autres n’ont pas toujours le même intérêt, d’où risque de dérapage et de perte de contrôle. De plus les coalitions ad hoc posent certaines difficultés et fabriquent parfois des puissances instables.

Si les Etats-Unis rappellent qu’il n’y a pas de désengagement de leur part, ils souhaitent partager le fardeau, notamment avec l’Union européenne, principalement pour ses voisinages est et sud. Et le pivot vers l’Asie ne signifie pas un désengagement au Moyen-Orient.

Thierry Garcin citera, un peu plus tard dans le colloque, Barack Obama sur l’aphorisme du clou et du marteau (28 mai 2014 à West Point): « Ce n’est pas parce qu’on a le meilleur marteau qu’on doit voir chaque problème comme un clou. »

 

  • Les émergents, Folashadé Soulé-Kohndou (Chercheure post-doctorale London School of Economics)

Le terme de « puissance émergente » souffre d’une définition peu claire. C’est en fait principalement un statut économique pour les pays en développement tels que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). C’est un facteur d’influence au niveau régional ou sous-régional, avec un activisme dans les organisations internationales. Les émergents agissent sous la forme de puissance normative, de médiation et d’action à travers les opérations de maintien de la paix, comme a pu le faire le Brésil en Haïti ou en Guinée-Bissau. Au niveau des efforts de défense, alors que le Brésil et l’Afrique du Sud ont un faible renforcement de leurs capacités militaires, l’Inde accroît presque dangereusement les siennes.

Les émergents se réunissent lors de Colloques ou de Clubs internationaux, comme les BRICS ou l’IBSA (Inde, Brésil, Afrique du Sud), ce qui leur confère un positionnement diplomatique distinct des autres pays du sud, et leur permet d’avancer plus vite sur des questions de gouvernance économique ou de recomposition du Conseil de sécurité des Nations-Unies par exemple.

Malgré ce rapprochement, les difficultés restent nombreuses. Par exemple les BRICS n’émettent souvent qu’un avis de principe et les votes à l’ONU sont différentiés, entre usage du droit de veto (Chine et Russie) et simple abstention pour les autres. La contestation de la société civile sur la gouvernance d’Internet ou les partenariats en matière de ressources énergétiques est un signe de fragilité.

  • La Fédération de Russie, Arnaud Dubien (Directeur de l’Observatoire franco-russe)

Que veut la Russie ? Elle souhaite reconsidérer ses positions stratégiques et remettre en cause les décisions de 1991 car elle les considère comme « iniques ». La Russie déclare que ses intérêts stratégiques vitaux sont engagés en Ukraine si celle-ci rejoint l’OTAN ou l’UE.

Le monde entre-t-il dans une nouvelle Guerre Froide ? C’est une crise régionale majeure, durable. Le sentiment anti-américain est un élément structurant de la diplomatie russe. Quant à l’UE, il y règne une vaste bataille d’idées. Trois groupes d’Etats se divisent sur la question ukrainienne : les Etats favorables à une ligne dure (Pologne, Pays baltes, Royaume-Uni) ; les Etats sceptiques sur la pertinence de sanctions économiques (l’Espagne, l’Italie, la République Tchèque) ; et enfin les Etats adoptant une position médiane (France, Allemagne).

La politique étrangère russe est-elle en train de basculer elle-aussi vers l’Asie ? La Russie a mis en place de nombreux partenariats économiques ou militaires avec la Chine, le Vietnam, l’Inde, les autres BRICS auxquels s’ajoutent l’Egypte, la Turquie et l’Iran. L’Occident cesse d’être le référentiel central du discours russe.

Quelle expression de la puissance ? L’armée russe en est un facteur important mais elle est à peine convalescente. Son économie peut être vue comme un modèle de « puissance pauvre ». Sa démographie ne s’effondre pas et reste stable.

En conclusion la Russie est une puissance moyenne, régionale et peut être qualifiée de « puissance inquiète ».

  • La Chine, Valérie Niquet (Responsable du pôle Asie Fondation pour la Recherche Stratégique)

La Chine est une puissance qualifiée de paradoxale et très inquiète. Sa stratégie de puissance est au service de la survie de son système politique. Afin de garder la main mise sur ses voisins, elle refuse catégoriquement toute réforme du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Trois éléments sont caractéristiques de la puissance hégémonique chinoise : un taux de croissance économique impressionnant, une hausse du nationalisme, et un accroissement des capacités militaires qui visent à crédibiliser son discours de puissance.

En 2008, la Chine est passée du statut d’émergent à celui de grande puissance installée, qui impose ses normes, ses intérêts fondamentaux et économiques. Elle perçoit le déclin des puissances occidentales et pratique un discours d’auto-persuasion (propagande).

Mais la Chine est fragilisée par un ralentissement économique. Et la Banque pour les Investissements en Asie mise en place par la Chine a eu finalement pour effet de la marginaliser aux yeux de ses voisins.

  • Les pays européens, Général Maurice de Langlois (Directeur de recherche, Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire)

Sont décrits deux exemples de pays européens ayant une perception différente, voire opposée, de l’expression de la puissance.

L’Allemagne.

L’opinion publique allemande perçoit son pays comme une « puissance civile », sceptique vis-à-vis de l’emploi de la force. Pour des raisons historiques, transformées aujourd’hui en raisons culturelles, l’Allemagne n’a pu reconstruire ses forces armées en 1955 qu’à la condition de rejoindre l’OTAN et en adoptant une approche multilatéraliste. Elle pratique ce que l’on appelle « une politique d’évitement du risque » avec de nombreuses restrictions d’emploi ou caveats.

Outre les contraintes liées à l’emploi des forces armées, le faible taux de disponibilité des équipements militaires allemands a été révélé dans une enquête à l’automne 2014. De plus, la part du budget de la défense réservé aux équipements est trop faible, de l’ordre de 16%, contre près de 30% en France ou 20% au Royaume-Uni.

Mais plusieurs décisions laissent penser que l’Allemagne aborde un tournant. Outre plusieurs déclarations sur l’attitude de l’Allemagne, dont celle de Joschka Fischer qui exprimait en 2011 le devoir de son pays de maîtriser la violence «quand elle met en danger les principes les plus élémentaires de la coexistence pacifique », la ministre de la défense a décidé de lancer les travaux d’un futur livre blanc pour 2016 et le budget de la défense va être augmenté de 8 milliards d’euros d’ici 2019.

Le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni conserve une approche classique de la puissance. Il continue à se considérer comme une « grande puissance » devant disposer à la fois des atouts de coercition et d’influence ou, en d’autres termes, des outils du hard power et du soft power. Au travers de sa Stratégie Nationale de Sécurité de 2010, Le Royaume-Uni, qui n’a jamais caché ses ambitions, justifie son approche sur la base de ses responsabilités d’ancien empire colonial, de membre permanent du conseil de sécurité de l’ONU et d’une puissance dotée d’une dissuasion nucléaire. Conscient d’être un acteur contribuant à la stabilité internationale, il a la volonté de maintenir des capacités de projection et d’action militaire adaptées.

Malgré cette déclaration très claire de la volonté britannique, plusieurs indicateurs montrent une faiblesse chronique des forces armées et des inquiétudes sur les échéances à venir. Si le Royaume-Uni veut continuer à jouer un rôle majeur dans la conduite des affaires du monde, le spectre du démantèlement causé par une séparation possible de l’Ecosse inquiète autant le pays que ses partenaires. Les tensions importantes de la période précédant les élections de mai 2015 semblent laisser le pays en suspens sur les sujets de politique étrangère et de sa future position vis-à-vis de l’UE. Washington s’inquiète de l’érosion des capacités et de l’influence de Londres : les dernières annonces de David Cameron sur l’évolution du budget de la défense, ne sont pas rassurantes.

  • Les puissances non-étatiques, Delphine Alles (Professeur de sciences politiques à l’Université de Paris Est Créteil)

Il s’agit d’acteurs transnationaux qui exercent une puissance décentralisée sur la scène stratégique internationale (ONG, OI, groupes religieux, groupes terroristes, syndicats, …). On peut parler ici de puissance diluée, entre acteurs solitaires ou agrégés. Elle repose sur des intérêts, des normes et des valeurs qui échappent à la médiation des Etats. Emancipés des ressorts de l’ordre international, les acteurs non-étatiques ont une capacité croissante à peser sur la communauté internationale grâce à une puissance structurelle (capacité d’intervenir dans les règles du jeu, par ex. les agences de notation).

Leur force mobilisatrice est fondée sur la volonté de l’allégeance, sur l’engagement des individus qui choisissent de se regrouper autour d’une idéologie, « pour une cause ». Le concept de polarité est remplacé par l’interdépendance et la contestation des monopoles afin de construire de nouvelles formes de médiation : c’est le concept de l’a-polarité.

 

Deuxième table ronde : Quel concept de puissance au XXI° siècle ?

L’après-midi a été introduite par Pierre Vimont, ancien secrétaire général exécutif du Service européen pour l’action extérieure. Il a mentionné plusieurs contradictions européennes. Tous les pays qui comptent réarment, sauf l’Europe. Le projet de Maastricht sur l’action extérieure de l’Union européenne, la PESC, n’a jamais été transformé : « on a visé trop haut » et péché par manque de réalisme.

Il reprend le concept de puissance impériale en l’appliquant au rôle de la Russie vis-à-vis de son voisinage européen.

Les opérations militaires ont montré leurs limites : ce sont souvent des essais non transformés, faute de stratégie politique visant un vrai retour à la stabilité. Les structures de gouvernement mondial sont de plus en plus contestées. Les grandes puissances ont souvent une analyse de la situation tronquée, avec une absence de stratégie.

Il recommande que les Européens se mettent d’accord sur leurs objectifs, qu’ils se décident à devenir un grand acteur et qu’ils n’hésitent pas à aborder les questions « qui fâchent ». Le journaliste Thierry Garcin a proposé de qualifier l’Europe de « puissance aléatoire ».

  • Les forces militaires: Général Bruno Durieux (directeur du centre des hautes études militaires)

La puissance, c’est une relation avant tout.

Les opérations ont varié entre l’offensif et le défensif. Nous allons vers un dispositif plus défensif. Il existe une faiblesse conceptuelle de l’armée technique : elle a une tactique mais pas de stratégie.

Il existe trois dilemmes : la guerre qui ignore la politique, l’ignorance de la singularité de la guerre et la non perception du temps long du développement de l’outil militaire.

Il est nécessaire de développer les capacités d’intelligence stratégique (intelligence au sens premier du terme), de définir les critères de la puissance militaire (autonomie d’action, adaptation, critères de réussite) et de faire effort sur la pérennité des décisions prises sur le développement des capacités militaires.

 

  • La capacité d’influence: Nicolas Tenzer (président du directoire de l’institut Aspen France, directeur de la revue Le Banquet)

L’influence est un instrument de la puissance mais elle est exercée dans un but.

L’influence peut être conceptuelle et s’exercer sur une échelle de temps, court, moyen et long terme.

De plus en plus d’acteurs sont à la fois le générateur et le réceptacle de cette influence, les officiels, les groupes d’intérêt, les associations, les ONG, les médias, les universités, ….

L’influence peut être confrontée à la contre-influence, comme l’information à la contre-information.

En conclusion, la force de l’image est que la puissance va à la puissance. Mais la puissance de demain va requérir plus de moyens empruntés au soft et au hard. Pour le soft, l’idée est bien est de pouvoir « déployer l’armée de l’ombre des soldats de l’influence ».

 

  • L’OTAN: Gabriel Bernier (Secrétariat international de l’OTAN; chef de la section Politiques de défense)

L’OTAN est un outil d’intégration militaire. C’est un multiplicateur de puissance. La volonté y est politique et collective. Elle a une approche structurée du développement de ses capacités et de celles des nations qui y contribuent.

L’importance de l’UE est mentionnée dans tous les travaux de l’OTAN.

Si les déclarations officielles ont parfois un caractère incantatoire, le cœur de métier de l’OTAN reste bien l’expression de la puissance militaire.

 

Troisième table ronde : Une puissance européenne est-elle possible ?

Le général Jean-Paul Perruche, président d’Eurodéfense France et ancien directeur général de l’Etat-major militaire de l’Union européenne, en introduction de la troisième table ronde, s’est interrogé sur la fragmentation de la puissance au sein de l’Union européenne. Celle-ci est due à la faiblesse de l’intersection des intérêts nationaux des Etats plutôt qu’à leur addition.

De nombreuses questions se posent. Est-ce que l’objectif d’une Europe puissance est réaliste ? Quels sont les obstacles ? Est-ce qu’une approche plus communautaire de la défense européenne est envisageable ? La puissance peut-elle être fractionnée?

Enfin, il faut savoir si aujourd’hui l’argument de la défense européenne est un argument de puissance ou d’impuissance.

  • Le Parlement européen : quelle puissance ? Arnaud Danjean (Député européen, Commission des Affaires étrangères du Parlement européen)

Le Parlement européen est le grand gagnant des aménagements institutionnels prévus dans le traité de Lisbonne. Il n’est plus seulement un organe consultatif, mais bien un codécideur avec le Conseil et la Commission. Mais le Parlement européen ne dispose toujours pas de l’initiative législative ; il ne peut qu’émettre des avis et des rapports à la Commission. Il a tendance à n’exister qu’en mode négatif, en rejetant les initiatives de la Commission. Beaucoup d’arbitrages ont d’ailleurs été perdus par le Parlement européen (notamment les questions de budget). Cette attitude est peu constructive.

Le Parlement européen est-il une expression de la puissance européenne ? Le problème qui se pose est celui de la légitimité du Parlement en matière de PESC ; c’est d’ailleurs pour cela qu’il s’oppose peu à la Commission sur ce sujet. La légitimité des députés européens par l’élection n’est pas reconnue par la société civile. En matière de défense, la légitimité du Parlement européen peut-elle être acquise par l’expertise qu’il délivre ? Non, car l’expertise est très inégale au sein des députés. La Sous-commission Défense et Sécurité (SEDE) du Parlement européen est sous-dimensionnée et très en-deçà de ses ambitions. Il y a absence de vrais débats et d’expression de l’opinion publique, le contrôle des opérations est insuffisant. Cependant, la SEDE contribue au débat et joue le rôle d’un think tank parlementaire mais ses rapports sont peu lus et peu exploités.

Le principal handicap à la puissance du Parlement européen reste le manque de cohérence des différentes stratégies nationales.

 

  • La puissance des alliances, Georges-Henri Soutou (professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Paris 4-Sorbonne, membre de l’académie des sciences morales et politiques)

La PSDC est une alliance militaire, pas une défense européenne. Comme alliance interétatique, le consensus est requis.

Il n’existe pas de grand traité de stratégie européenne ; il n’y a pas de commandement unique ; il n’y a pas d’accord sur les priorités ni sur les objectifs. C’est une alliance qui dépend d’une autre (l’OTAN). L’histoire a montré qu’une alliance de pays agresseurs marchait moins bien qu’une alliance de pays agressés.

L’Union européenne, c’est le refus de la puissance sous son aspect militaire. Le soft power n’est que la rationalisation de l’insuffisance européenne. Avec la crise ukrainienne, il est plus probable que l’OTAN revienne au premier plan.

Il faut penser ensemble la stratégie européenne.

  • Les chemins vers l’Europe-puissance, Sven Biscop (Professeur, directeur de programme, Institut Royal d’Egmont)

Une puissance européenne, oui, si on le veut. Les réflexes restent majoritairement nationaux. Ceci dit, il y a une prise de conscience que la PSDC doit défendre les intérêts européens. La meilleure façon d’y arriver, c’est de promouvoir le modèle social européen qui est propice à la prospérité.

Quelle est la valeur ajoutée de la politique commune ? Les problèmes actuels sont tellement importants qu’ils sont devenus un problème commun tout court.

La Haute représentante a émis l’idée d’un mandat d’actions pour les années à venir. La réflexion stratégique doit tourner autour des dossiers énergétiques, des relations avec les puissantes émergentes (agenda européen proactif), des politiques de voisinage notamment à l’est et au sud (avec quel état final recherché) et du rôle de l’UE en tant que security provider (sans les Américains).

Il faut aussi reprendre l’objectif capacitaire des 60 000 hommes.

  • Une convergence sur la notion de puissance est-elle possible dans l’UE ? Christian Lequesne (Professeur de sciences politiques à Sciences Po)

Initialement, l’UE est un projet en réaction aux excès de la guerre. Pour les Américains, l’Europe n’est pas une priorité.

Est-ce que la puissance civile est une puissance ? La crise ukrainienne est arrivée comme une pique pour les Européens : cela montre que la vieille politique fondée sur le rapport de forces n’a pas totalement disparu en Europe ; la vieille géopolitique est réapparue et on ne sait pas comment faire. La politique européenne de voisinage par normes projetées est un échec. Les relations bilatérales posent problème : avenir du franco-britannique ? Discours allemand plus positif mais le problème est sociétal. La Pologne hésite entre OTAN et UE.

Il faut instituer d’abord une vraie politique étrangère et aller vers de l’intergouvernemental « sophistiqué » qui soit supérieur à la somme des intérêts nationaux.

 

Clôture de la conférence, Michel Barnier (Conseiller spécial auprès de la Commission européenne pour la politique de défense et de sécurité)

La définition de la puissance tourne autour de quatre notions : l’économie, la monnaie, la politique étrangère et la défense. Selon ce dernier critère, l’UE n’est pas une puissance. Une simple coordination des Etats n’est pas suffisante.

La crise économique de 2008, qui a coûté 13 points de PIB aux Européens est presque passée ; c’est le moment de reprendre l’initiative.

Le Service européen pour l’action extérieure est le lieu d’une culture diplomatique commune. Les menaces sont bien identifiées mais les réponses restent faibles. Il a mis au point le concept de dé-territorialité des actions diplomatiques et militaires avec par exemple la Stratégie européenne de sûreté maritime.

Au sujet des opérations, il faut regarder la vérité en face.

La sécurité ne peut plus être seulement nationale. Il est temps d’utiliser les outils du Traité de Lisbonne, comme la coopération structurée permanente ou les coopérations renforcées. C’est la géométrie variable qu’il faut appliquer.

La Commission travaille dans le strict respect de ses compétences, notamment sur l’union de l’énergie, la préservation des données stratégiques, la position particulière des budgets de défense (avec une notion de flexibilité), la coopération renforcée ou structurée, la recherche duale et la protection civile (force européenne à créer).

La mission du conseiller du président de la Commission concerne l’industrie de défense, la sécurité des approvisionnements, les marchés publics et l’industrie de défense, les normes et certifications, les capacités spatiales d’imagerie et de communication, la protection des investissements, l’exemption de la TVA et le cyber.

Le mot de la fin est laissé à Périclès, « Se reposer ou être libre, il faut choisir ».

 

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