Discours du Président de la Commission Européenne sur « l’Etat de l’Union » au Parlement Europeen : une analyse de Yves Gazzo, Membre du Conseil d’Eurodéfense-France

Discours du Président de la Commission Européenne sur « l’Etat de l’Union » au Parlement Européen

Strasbourg, le 9 septembre 2015

1. M. Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, a prononcé son premier discours sur « l’état de l’union » au Parlement Européen à Strasbourg suivant ainsi une tradition qui remonte à 2010 et à la mise en œuvre du Traité de Lisbonne, sous la présidence de M. Barroso. Dans ses remarques introductives, M. Juncker a rappelé qu’il est le premier président de la Commission dont la nomination découle directement du résultat des élections au Parlement Européen de mai 2014. Cette remarque était probablement destinée à ses détracteurs qui ont mis en cause « la légitimité démocratique » des négociateurs de la Commission lors de la récente crise grecque, la confinant ainsi à la sphère « technocratique ». Lors de son discours, M. Juncker a insisté sur le fait qu’il n’y avait « pas assez d’Europe dans l’Union Européenne » et que, de surcroît, il n’y a pas assez « d’union dans l’Union » et ce au moment où l’UE est confrontée à un ensemble de défis sans précédent pour elle : la crise des migrants sur ses frontières et à l’intérieur, un taux de chômage élevé, une croissance atone et un sentiment grandissant de défiance des citoyens quant au projet européen. Selon M. Juncker, la réponse à ces défis ne réside pas dans le populisme ni dans le protectionnisme mais passe plutôt dans une coopération renforcée, dans la solidarité et dans les efforts partagés entre États Membres et ce, dans un « état d’esprit européen ».

2. Concernant la crise actuelle des migrants, sujet sur lequel M. Juncker s’est longuement appesanti, le président de la Commission a tout d’abord tenu à rappeler les progrès réalisés depuis le début du siècle par la Commission : propositions de standards en matière de droit d’asile, installation de FRONTEX etc… Mais pour l’heure et face à l’ampleur des flots de migrants, le temps du « business as usual » est révolu et il convient de mettre cartes sur table; c’est dans cet esprit que M. Juncker propose une série de mesures à mettre en place rapidement y compris :

a) le démarrage d’un second mécanisme d’urgence destiné à redistribuer les 120 000 migrants bloqués dans les trois États Membres les plus exposés, à savoir la Grèce, avec plus de 213 000 migrants en attente, la Hongrie avec 145 000 et l’Italie avec plus de 112 000, rappelant au passage, que l’histoire de l’Europe est faite de migrations et que, chacun d’entre nous, a été, à un moment de sa vie, un migrant.

b) 1,8 milliards d’Euros seront affectés, sous la forme d’un « Trust Fund » géré par les services de la Haute Représentante, Mme. Mogherini, afin de répondre aux besoins des zones en crise, à savoir le Sahel, la zone du lac Tchad, la Corne d’Afrique et l’Afrique du Nord.

c) de nouvelles procédures concernant les demandes d’asile seront proposées aux États Membres.

d) FRONTEX sera renforcé.

3. Concernant la situation économique, financière et institutionnelle de l’Union Européenne, le constat de M. Juncker est le suivant :
a) pour ce qui est de la Grèce, M. Juncker a rappelé que l’accord finalement trouvé avec ce pays en crise avait été long voire bien trop long à se dessiner. Cet accord reste fragile même si la Commission a débloqué 35 milliards d’Euros le 15 juillet dernier, montant destiné à aider l’économie grecque à repartir. Selon M. Juncker, il subsiste un certain lot d’amertume de part et d’autre et la confiance sera longue à se rétablir entre la Grèce et ses partenaires. M. Juncker a insisté sur le fait que tant que les Traités existants n’auront pas été modifiés son devoir consiste à faire tout son possible pour maintenir la Zone Euro en l’état.
b) au plan financier, M. Juncker a énuméré les avancées, notamment le projet d’Union Bancaire (avec ses « two tracks » et ses « six tracks») et le projet de protection de l’épargne des citoyens européens.
c) concernant les Institutions, M. Juncker est convaincu qu’un arrangement satisfaisant sera conclu avec le Royaume Uni. Il reste persuadé que les britanniques ont besoin de l’UE et vice versa et que des accommodations pourraient être trouvées, le Royaume Uni pouvant augmenter le nombre de domaines communautaires dans lesquels il ne souhaite pas participer tout en restant dans l’UE.

4. Réflexions personnelles :
Le discours de M. Juncker résonne comme un cri d’alarme, une piqûre de rappel face au risque de « détricotage » du projet européen.

On aurait pu entendre un tel discours de la bouche du président de l’UE, M. Tusk, mais ce dernier est resté étonnamment silencieux sur tous ces sujets pourtant éminemment politiques et ce, sachant que pour sa part, M. Juncker avait clairement annoncé, lors de sa prise de fonction fin 2014, que son intention était de se consacrer aux sujets économiques (contrairement à son prédécesseur, M. Barroso).
M. Juncker, qui est un pro-européen de la première heure, sentant le danger, a probablement décidé de « monter au front » faute de candidats pour ce faire. D’où, l’utilisation politique du problème actuel et brûlant des migrants, pour créer un sursaut salvateur parmi les États Membres. Par contre, il s’est fort peu étendu sur la façon de redynamiser le Projet Européen et de le rendre davantage attrayant aux yeux des citoyens européens et il n’est pas certain que l’arrivée massive de migrants sur le sol européen puisse y contribuer.

Yves GAZZO
Ambassadeur auprès de l’UE

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