LA CRISE MIGRATOIRE VIENT RAPPELER AUX EUROPÉENS QUE LA SOLIDARITÉ EST LE FONDEMENT D’UNE UNION EFFICACE

Par Jean Paul Perruche, Président d’EuroDéfense-France

Le flux sans cesse croissant des migrants venant de l’Est ou du Sud, qui viennent chercher refuge en Europe met une fois de plus en évidence la difficulté des Européens à analyser ensemble les enjeux d’une nouvelle crise et les réponses à y apporter. Pourtant unis par les mêmes valeurs (qu’il faut défendre) et des institutions communes, les Etats membres de l’UE font étalage de leurs discordances et de leurs dissonances. Celles-ci ne suivent d’ailleurs pas seulement le contour des Etats mais divisent aussi les opinions publiques à l’intérieur de chacun d’eux.

Il est vrai que la question est complexe à résoudre pour les dirigeants politiques nationaux, tant la compassion des individus pour leurs semblables se heurte rapidement aux limites économiques et culturelles de nos sociétés à l’accueil d’un nombre imprévisible d’étrangers et de leurs différences. Aussi, pour traiter correctement les symptômes de cette nouvelle crise, il faut en analyser les causes.

Le phénomène migratoire, dans sa nouvelle dimension, n’est qu’une conséquence somme toute assez logique de la globalisation du monde:

  • des informations qui s’échangent à la vitesse de la lumière entre les individus par delà les frontières, leur permettant de comparer leurs conditions de vie et leurs situations en temps réel
  • des moyens de transport motorisés maritimes ou terrestres facilitant les déplacements de masse,
  • des frontières, jouant de moins en moins le rôle de barrières ou de filtres, conséquence d’interdépendances économiques nationales et continentales toujours plus poussées.

Mais la globalisation n’est pas un phénomène réversible ; elle est la conséquence des progrès techniques qui rapprochent les hommes et les espaces et il faut s’en réjouir car le monde des nations juxtaposées du 20ème siècle que certains semblent regretter et auquel ils rêvent de nous faire revenir, a pourtant conduit à 2 guerres mondiales et 45 ans de guerre froide.

En réalité, les mouvements migratoires trouvent leur origine principalement dans la défaillance d’Etats-nations à fournir à l’ensemble de leurs populations des conditions de vie décentes et supportables : la sécurité, la suffisance alimentaire, la liberté de conscience. La construction ou la reconstruction de nations stables doit donc être le centre de gravité de l’action de la communauté internationale et des organisations internationales, au premier rang desquelles l’Union européenne car les Etats européens sont particulièrement concernés et ne peuvent apporter de solutions satisfaisantes au niveau national.

Dans l’urgence ils n’ont de choix qu’entre l’ouverture et l’accueil de demandeurs d’asile, dont le flux ne paraît pas devoir se tarir, et la fermeture derrière des frontières de nouveau érigées en remparts ou en forteresses. La première option expose au risque de la déstabilisation économique et sociale mais la seconde entraine le reniement du droit d’asile et de l’assistance humanitaire dus à des populations en danger, c’est à dire des valeurs qui fondent la démocratie.

Cela signifie que la solidarité à l’égard des demandeurs d’asile menacés dans leurs pays d’origine ne peut s’exprimer qu’avec de la solidarité entre Européens. Comme constaté récemment avec l’Allemagne, une attitude de trop grande ouverture crée immédiatement un appel d’air vers l’ensemble de l’Europe, et a contrario, la fermeture d’un Etat (construction de mur en Bulgarie ou en Hongrie) oriente les flux vers les autres pays (Croatie).

Cette solidarité doit s’exprimer dans l’urgence par une répartition de la charge d’accueil des migrants entre pays européens selon des critères multiples sur lesquels les Etats doivent s’accorder, mais aussi à moyen terme par une politique étrangère et de sécurité commune qui privilégie la stabilisation des Etats défaillants ou faillis, notamment au voisinage de l’Europe. C’est un objectif stratégique qui devrait rassembler tous les Européens dans lequel les instruments de sécurité y compris militaires ont évidemment leur part.

Dans le nouveau contexte stratégique mondial, l’Union Européenne n’est donc pas un problème, mais une solution qu’il revient à ses Etats d’organiser avec l’efficacité attendue, c’est à dire en mettant en œuvre de véritables solidarités.

 

 

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