LIBRES OPINIONS

Les idées exprimées dans cette section n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles du Réseau EuroDéfense ou de l’ensemble de ses membres.

06/03/2017 – Le ravitaillement en vol, une capacité critique pour la constitution d’une défense européenne, par le Général d’armée aérienne (2s) Jean-Paul Palomeros, l’Ingénieur général de l’armement (2s) Patrick Bellouard et Monsieur Denis Verret

Le ravitaillement en vol constitue une capacité clé dans la conduite des opérations aériennes. Il permet en particulier aux avions de combat de s’affranchir des distances et de mener des missions de longue durée. Pour la France, il s’agit d’une capacité stratégique, partie intégrante de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire.  Aujourd’hui, sur de nombreux théâtres d’opérations cette capacité est considérée comme critique. C’est par exemple le cas en Afrique, dans la bande sahélo-saharienne où, grâce au ravitaillement en vol, les avions de combat français peuvent mener des missions de reconnaissance et d’attaque au sol à partir de quelques bases aériennes d’appui sur un espace aussi grand que l’Europe. Que ce soit en 2011 en Libye ou en 2013 au Mali, l’intervention sans délais des chasseurs de l’Armée de l’Air décollant de leurs bases en France a permis de répondre aux exigences politiques visant à sauver dans l’urgence la population de Benghazi d’un massacre imminent dans le premier cas, et pour le second, à stopper l’avancée rapide des rebelles extrémistes aux portes de Bamako.  A ces occasions aussi bien que dans les opérations qui ont suivi, les avions ravitailleurs Boeing C135 FR ont permis aux équipages de Rafale et de Mirage d’accomplir avec succès des missions de longue durée à très grande distance[1]. Au fil d’opérations toujours plus exigeantes, le ravitaillement en vol est devenu pour les pilotes de chasse une seconde nature. C’est aujourd’hui une composante intégrante et la plupart du temps indispensable des opérations qui permet à la fois de s’affranchir des distances et d’optimiser les missions aériennes. Le ravitaillement en vol représente une des lacunes capacitaires les plus importantes en Europe. Seules la France et la Grande Bretagne possèdent des moyens significatifs mais cependant insuffisants pour assurer l’autonomie européenne pour des opérations d’une certaine importance. Aussi bien en Libye en 2011, qu’en Afrique aujourd’hui, le soutien des avions ravitailleurs américains est indispensable.

En fait, la France avait compris très tôt l’intérêt de cette capacité. Ainsi, en 1964, la première composante de dissuasion nucléaire française voit le jour en s’appuyant sur le couple que forment le chasseur bombardier Mirage IV (équipé de l’AN11) et l’avion ravitailleur C135-F, dérivé de l’avion de transport américain C135 A de l’US Air Force. Ainsi les C135 FR (R comme Remotorisés avec des CFM156 entre 1984 et 1989) offrent-t-ils des capacités de transport intéressantes qui ont permis, entre autres, de développer une fonction d’évacuation sanitaire stratégique[2] après l’attentat de Karachi[3].

L’expérience acquise par l’Armée de l’Air sur les Boeing C135 FR fut très précieuse dans la définition d’un avion de ravitaillement moderne capable de transporter également des chargements conséquents sur de grandes distances, l’AIRBUS Multi Role Tanker Transport(MRTT). Dès le début des années 90 l’Armée de l’Air exprima un besoin pour ce type d’appareil, initialement à partir de l’A340. Finalement l’A330-200 fut retenu pour en développer une version militaire type (MRTT). Cet aéronef unique au monde par sa polyvalence Transport/Ravitaillement[4] a d’emblée rencontré un grand succès. Il bénéficie notamment d’un avantage majeur par rapport à ses concurrents, apporté par sa voilure, identique à celle de l’A340. Celle-ci, relativement rigide pour supporter l’accrochage des moteurs externes de l’A340, permet l’accrochage de pods de ravitaillement sur la structure.

Première cliente, l’Armée de l’Air Australienne opère 5 KC-30A[5] depuis 2014, elle en a d’ores et déjà commandé 2 supplémentaires et envisage de porter sa flotte à 9 appareils.

La Royal Air Force britannique a elle aussi opté pour l’A330 MRTT selon une formule originale mais coûteuse de leasing pour 14 appareils[6].

Les Emirats Arabes Unis ont de leur côté acquis 3 appareils en 2013, l’Arabie Saoudite 6, la République de Singapour en a commandé 6 (livraison en 2018), la Corée du Sud 4 (livraison 2019).

On se souvient que le Pentagone lui-même avait retenu cette solution ‘Value for Money’ pour l’acquisition de 179 ravitailleurs, avant de se raviser en février 2011 au profit du KC46A de Boeing, dérivé du vieux 767, en achetant la moins chère, plutôt que la meilleure solution : la ‘préférence américaine’ s’était donc imposée.

Le Qatar a également décidé en 2014 d’acquérir 2 appareils.

L’Inde qui avait initialement opté pour l’acquisition de 6 appareils l’a annulée pour la seconde fois en juillet 2016. Une négociation pourrait être relancée car le besoin de l’Armée de l’Air Indienne a été réaffirmé à de nombreuses reprises.

La France a décidé en 2011 de remplacer ses 14 C135 FR, ainsi que sa flotte de transport A340/A310 par 14 A330 MRTT, ce besoin a été ramené à 12 à la suite des travaux du Livre Blanc de 2013.

Au niveau européen, le déficit de capacités de ravitaillement en vol identifié à la fin des années 90 durant les opérations dans les Balkans fut crûment remis en lumière par la campagne aérienne menée par l’OTAN en Libye en 2011[7]. Ainsi dès l’automne 2011 les ministres de la défense européens identifièrent le ravitaillement en vol comme une priorité de l’initiative « pooling and sharing » conduite par l’Agence Européenne de Défense (AED). En novembre 2012, 10 pays[8] signèrent une « lettre d’intention » marquant leur volonté de coopérer pour constituer une flotte multi nationale d’avions polyvalents ravitailleur/transport, la « Multinational MRTT fleet » (MMF).   Le ravitaillement en vol fut d’ailleurs retenu comme l’un des 4 domaines capacitaires prioritaires[9] lors d’un conseil européen fin 2013.

La France, ne pouvant pour des raisons d’urgence essentiellement attendre les décisions de ses partenaires dans le cadre du programme européen MMF auquel elle était associée, a décidé en 2014 d’acquérir ses appareils dans un cadre national, tout en soutenant l’initiative de l’AED, notamment au niveau de la recherche de spécifications communes. Un premier avion a ainsi été commandé en novembre 2014, suivi par 8 autres en décembre 2015, soit un total de 9 appareils commandés à ce jour sur 12 prévus. Ces appareils devraient être progressivement mis en service entre 2018 et 2025.

Les travaux de préparation du programme conduits par l’AED permirent de retenir une seule et même configuration et plus généralement des spécifications communes pour garantir la polyvalence de ces appareils[10]. Après une demande pour information (RFI) lancée par l’AED auprès de l’industrie début 2014, une étape cruciale fut franchie en décembre de la même année quand un groupe de pays avec les Pays Bas à sa tête décida sur la base des réponses au RFI d’entrer en négociation avec AIRBUS pour l’acquisition d’une flotte commune d’A330 MRTT. Pour mener à bien ce programme multinational une organisation originale fut mise sur pied, comprenant l’Organisation Conjointe de Coopération en matière d’Armement (OCCAR) chargée de la conduite de la phase d’acquisition (y compris deux ans de soutien) du programme pour le compte de l’Agence de soutien et d’acquisition de l’OTAN (NSPA). Cette dernière restera propriétaire des appareils et sera chargée du soutien de la flotte en service à l’issue des contrats OCCAR, l’AED quant à elle conservant la supervision du projet capacitaire et se chargeant d’encourager de nouveaux pays à s’y joindre.  Le recours à la NSPA a été en partie fondé par la dispense de TVA, qu’elle permet à la différence des acquisitions effectuées par les agences d’acquisition d’armement européennes, ce qui reste une grande anomalie ! Ainsi, en juillet 2016, les Pays-Bas et le Luxembourg furent les premiers pays à acquérir en commun 2 appareils qui devraient être livrés à partir de 2020, le contrat signé par l’OCCAR comportant une option pour 6 avions supplémentaires en vue de constituer un pool multinational en fonction de la décision d’autres nations de les rejoindre. D’ailleurs, très récemment[11], la Belgique, l’Allemagne et la Norvège ont signé une déclaration d’intention (LOI) en vue de prendre part au programme précisément pour 6 appareils. Les 2 premiers avions de la MMF seront basés sur la base aérienne d’Eindhoven aux Pays-Bas, qui abrite déjà le Commandement du Transport Aérien Européen (EATC). Ce commandement multinational créé en 2010, fort à ce jour de 7 Pays[12], a pour objectif d’optimiser l’emploi des ressources rares que sont les avions de transport stratégiques et tactiques des nations participantes. A ce titre, il est emblématique du projet de pooling and sharing, qu’il a en fait inspiré en grande partie.  L’EATC a vocation à terme à gérer également l’utilisation de l’ensemble des appareils MRTT des nations qui les lui confieront pour des missions de transport ou de ravitaillement en vol, soit potentiellement un total de 20 appareils (hors appareils du Royaume Uni).

Associée aux progrès déjà réalisés grâce à la réussite de l’EATC, la mise sur pied de la MMF (MRTT) démontre qu’il existe des voies de coopération pour réduire les déficits capacitaires que rencontrent les pays européens. L’existence d’un aéronef européen, l’Airbus 330 MRTT, parfaitement adapté aux besoins communs des pays européens (et de bien d’autres), est un élément clé de cette coopération. De même, la mise sur pied d’une organisation souple et efficace pour la conduite de ce programme, mettant en valeur les compétences respectives de l’AED, de l’OCCAR et de la NSPA, montre qu’il est possible d’avancer avec pragmatisme en s’appuyant avec intelligence et ouverture d’esprit sur l’existant. Ainsi, de nombreuses leçons peuvent être tirées de la « saga » internationale et européenne du MRTT d’Airbus au profit de futurs projets européens.

Même si elles ne peuvent toutes s’appliquer in extenso à d’autres cas de figures, elles soulignent que le succès en la matière repose sur la convergence et la synergie de démarches complémentaires, dans le cas du MRTT :

  • une approche industrielle européenne consolidée et intégrée, le modèle Airbus ;
  • une approche duale, quand elle fait sens : le MRTT est le dérivé militaire optimisé d’un programme d’aviation commerciale, la famille A 330-A 340 ;
  • une syndication européenne de la demande, associant dans le cas de la MNF, 5 pays européens dont la Norvège, et dans le cas de l’EATC, 7 pays membres de l’UE ;
  • une coopération volontariste entre des institutions européennes, l’AED et l’OCCAR, mais aussi une agence de l’OTAN, la NSPA, démontrant que cette dernière peut aussi apporter sa contribution à des solutions européennes.

A l’aune de ces leçons, il est clair que la réussite d’un tel projet européen ne doit rien au hasard mais tout à la vision, la volonté, l’opiniâtreté et l’expertise de nombreux acteurs à tous niveaux, politiques, militaires, agences, industrie qui ont su travailler ensemble à l’atteinte d’un objectif ambitieux.

C’est à ce prix que se construira la défense européenne : des ambitions, des compétences, la volonté d’avancer en commun, sans oublier bien sûr « le nerf de la guerre », les ressources financières, car il est bien connu « qu’une vision sans ressources n’est qu’hallucination ».

[1] Missions de près de 10 heures de vol

[2] Version Morphée de 6 à 12 blessés haut niveau de médicalisation

[3] Attentat suicide commis le 8 Mai 2002 contre des employés de DCN faisant 14 morts et 12 blessés

[4] L’A330 MRTT peut emporter jusqu’à 111 tonnes de carburant, il offre un chargement de 45 tonnes soit 300 militaires et leurs équipements à plus de 8400km. Il peut également permettre d’évacuer jusqu’à 130 blessés graves.

Dans sa fonction ravitailleur il peut être positionné à 1600 km de sa base de départ et délivrer plus de 50 tonnes de carburant en demeurant 4h30 sur zone. Il peut aussi convoyer 4 avions de chasse de type Rafale à plus de 5000 km tout en offrant l’emport d’une cargaison de 20 tonnes

[5] appellation australienne de l’A330 MRTT

[6] En fait 9 en configuration ravitailleurs, 1 pour le transport gouvernemental et 4 appareils peuvent être mobilisés en cas de besoin mais ils sont en temps normal laissés à la disposition de la société de leasing pour emploi civil ou militaire

[7] Environ 80% des missions de ravitaillement en vol ont été effectuées par des avions ravitailleurs américains

[8] Belgique, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal

[9] Ravitaillement en vol, Satellites de communications gouvernementales, Systèmes d’aéronefs pilotés à distance, et Cyberdéfense

[10] Ravitaillement, transport de passagers, transport de fret, évacuations médicales

[11] Le 16 février 2017

[12] Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas

04/01/2017 – Défense Européenne… surtout n’allons pas trop vite !, Par le Général(2s) Jacques Favin Lévêque.

                  Le Conseil Européen s’est réuni le 15 décembre 2016. Le paragraphe ci-après est extrait des conclusions de ce sommet Européen qui était consacré aux problèmes posés à l’Union en matière de défense :

«… La Haute Représentante présentera, au cours des prochains mois, des propositions concernant le développement des capacités civiles, les paramètres d’un examen annuel coordonné en matière de défense piloté par les États membres, le processus de développement des capacités militaires compte tenu d’aspects liés à la recherche et technologie (R&T) et d’aspects industriels, l’établissement d’une capacité opérationnelle permanente de planification et de conduite au niveau stratégique, l’amélioration de l’adéquation, de l’employabilité et de la déployabilité du dispositif de réaction rapide de l’UE, des éléments et des options en vue d’une coopération structurée permanente inclusive reposant sur une approche modulaire et traçant les contours de projets éventuels, et la prise en compte de l’ensemble des besoins au titre du renforcement des capacités en faveur de la sécurité et du développement (RCSD) … »

Cet extrait est, hélas, assez démonstratif des lourdeurs et de la lenteur du processus décisionnel au niveau le plus élevé de l’Union Européenne. Le Conseil Européen aurait-il oublié qu’il lui incombe de prendre des décisions pour l’avenir de l’Union, et dans le cas présent, pour sa défense à court, moyen et long terme? Les citoyens que nous sommes, de France, d’Allemagne ou de Lituanie, peuvent-ils se satisfaire du fonctionnement actuel de l’instance suprême qui a la charge d’assumer leur défense dans le contexte d’un monde aux multiples menaces?

Il se trouve qu’une disposition du Traité de Lisbonne, offerte aux Etats membres de l’UE depuis déjà 2008 et toujours inusitée, permettrait de concrétiser la volonté si souvent affichée et si peu suivie d’effets de donner un élan significatif à la Politique de Sécurité et de Défense Commune. Il s’agit de la « Coopération Structurée Permanente », terme obscur qui cache en fait l’idée de créer au sein de l’Union un noyau de pays réellement décidés à aller de l’avant dans l’intégration opérationnelle de leurs forces armées et dans la coopération de leurs industries de défense.

La France et l’Allemagne ont fait part, par le truchement d’une lettre commune de leurs ministres de la Défense en date du 11 septembre 2016, de leur souhait d’initier ce processus de coopération. Les traités européens précisent que l’adoption d’une telle proposition relève d’une décision à la majorité qualifiée (55% des Etats membres représentant 65% de la population) au sein du Conseil Européen. Chacun s’attendait donc à l’adoption le 15 décembre ou, éventuellement, au rejet de la proposition franco-allemande, qui avait pourtant reçu d’ores et déjà un accueil favorable de l’Espagne et de l’Italie. Amère déception … La question semble n’avoir pas été réellement posée, probablement par peur d’un échec, et le Conseil, dans sa grande sagesse ou plutôt dans une triste frilosité, a placé sur les épaules, certes larges et responsables, de Fédérica Mogherini la suite à donner à cette proposition franco-allemande qu’elle devra, avec une multitude d’autres missions mal définies, présenter au Conseil en 2017…

Et pourtant il ne serait pas difficile de prendre rapidement des décisions pour progresser en direction d’une défense commune…ne serait-ce qu’en partant de ce qui existe pour l’amener de façon pragmatique à satisfaire les exigences d’une défense européenne plus efficace ?

Tenez par exemple : pourquoi ne pas tirer parti de l’initiative lancée dès 1992 là encore par la France et l’Allemagne et qui a abouti à l’existence de l’EuroCorps, tel qu’il existe aujourd’hui avec son Quartier Général à Strasbourg, capitale Européenne, ses 6 pays participants –France, Allemagne, Espagne, Belgique, Luxembourg et Pologne, sans oublier les 4 pays associés, ses 4 divisions ou brigades dédiées et sa brigade franco-allemande intégrée ?

Ne serait-il pas judicieux de prendre au niveau du Conseil Européen la décision d’emploi de ces 60 000 hommes pour la défense autonome de l’Union dans la durée ? Ne pourrait-on pas faire de l’Etat-major de cet EuroCorps , certes à condition de l’élargir à la dimension interarmée, la capacité opérationnelle permanente de planification et de conduite qui fait défaut à l’Union depuis des décennies ?

De même, pourquoi ne pas prendre au niveau du Conseil Européen la responsabilité de l’engagement effectif des Battle Groups dans les OPEX de l’UE, quitte à leur donner une existence organique permanente et à en co-localiser les éléments constitutifs de chacun d’eux ? La capacité d’intervention rapide de l’Union existe, même si elle est perfectible, seules restent à arrêter les conditions d’engagement de ses unités légères dans des délais compatibles avec l’urgence inhérente au contexte international d’instabilité et d’incertitude.

Tout cela est possible à court ou moyen terme et la défense de l’Union Européenne deviendrait réalité… Il n’est pas besoin d’attendre que les actuels Dirigeants Français et Allemand aient terminé leur mandat respectif, il est encore moins nécessaire d’attendre que la Grande-Bretagne ait clairement quitté l’Union pour donner une réalité à la défense Européenne….

Tout cela est du ressort du Conseil Européen, tout cela dépend de la volonté politique des ses Membres, pas même de la totalité des 28, puisque l’instauration de la Coopération Structurée Permanente, relevant de la majorité qualifiée, ne nécessite l’accord que de 15, voire 19, d’entre eux…C’est en cela qu’il est légitime d’être déçu par le sommet européen du 15 décembre. Souhaitons que les sommets de 2017 soient enfin déterminants pour la défense Européenne…

24/11/2015 – Réflexions  sur la sécurité européenne, par le Gal (2S) Jacques Favin Levêque

 

shengenLa France est en guerre, l’Europe l’est-elle aussi? La réponse ne saute pas aux yeux si l’on considère les commentaires acerbes et les reproches véhéments qui courent de plus en plus dans l’opinion de nos compatriotes, amplifiés par des médias qui, incapables de toute réflexion un tant soit peu approfondie, crient haro sur le baudet et par des partis politiques qui espèrent cacher ainsi l’aveuglement coupable dont ils font preuve depuis plusieurs décennies.

La correction la plus élémentaire, avant de jeter l’opprobre sur « Bruxelles », ce qui du reste ne signifie rien puisque Bruxelles en son stade actuel n’est autre que l’addition cacophonique de Paris, Berlin, Londres, Amsterdam, Rome, Varsovie et autres Vilnius ou Talin, voudrait que chacun- et nous les premiers – fasse son examen de conscience. Il est aussi dérisoire de « condamner l’Europe » pour ce qu’elle n’a pas été capable de prévenir que de s’imaginer qu’ à son stade actuel de développement elle aurait pu tout faire pour empêcher les évènements dramatiques récents.

La construction Européenne est une entreprise difficile, progressive et nécessairement longue et pavée d’illusions et de désillusions. Sa faute originelle et originale est d’abord son ambition : bâtir par accord mutuel et non par la guerre, pour la 1ère fois dans l’histoire des hommes, un espace politique commun au sein duquel des Etats souverains, surmontant plusieurs siècles de conflits dévastateurs, acceptent de partager leur souveraineté pour la plus grande prospérité économique de chacun, pour le rayonnement de leur mode de fonctionnement démocratique et d’une vision généreuse des droits de l’homme.

Cette Europe a été mal conçue, entend-on souvent dire : « Y avait qu’à » faire une Europe restreinte, une Europe fiscale, une Europe sociale, une Europe aux frontières bien contrôlées et défendue par une armée européenne intégrée, au lieu de construire ce « machin » technocratique, bureaucratique, sans autre ambition politique que celle d’un marché commun sans cesse plus large et d’une porosité extrême à toutes les menaces extérieures.

Certes « y avait qu’à »…, mais « faut qu’on » arrête de voir le monde tel qu’il n’est pas. Il serait d’une grande naïveté de croire que les entreprises humaines peuvent être parfaites et qu’il suffit de les penser avec intelligence pour quelles se réalisent ainsi.

C’est un fait, le processus n’a pas été rationnel. Nul ne peut le contester. Par parenthèse, on ne saurait reprocher à la France de n’avoir pas mis en garde à ce sujet et sa position dans le grand débat « élargissement –approfondissement » des années 80-90 en témoigne. Mais l’histoire ne se décrète pas, la raison n’en est pas la règle intangible, le poids des intérêts et des influences extérieures est souvent déterminant, mais le cœur y a parfois sa part et les récentes déclarations d’Angela Merkel sur l’accueil de 800 000 immigrés illustrent bien que la générosité, empreinte de naïveté, le dispute parfois à la froide rationalité.

Alors, cette Europe passoire, cette Europe inopérante, cette Europe cause de tous nos maux aux yeux d’un parti rassembleur des mécontentements tous azimuts, cette Europe si largement rejetée ces jours-ci par tant de nos concitoyens, faut-il s’en séparer, faut-il divorcer de nos partenaires alors que le mariage, celui d’une Europe solidaire, responsable et efficiente, n’est même pas encore consommé ?

Ma réponse est très clairement non… ! la France seule, pas plus que l’Allemagne pourtant géant économique ou que la Grande-Bretagne théoriquement mieux protégée par son insularité, ne saurait être à la mesure des multiples défis du XXI ème siècle, qu’il s’agisse de défense, d’économie, d’industrie, d’écologie ou même de philosophie et de culture. 65 millions de français dont le génie et les innombrables talents sont unanimement reconnus de par le monde, tout autant du reste que leur inégalable prétention à donner des leçons à l’univers …, ce n’est en fait que moins de 1% de la population mondiale. Il ne faut pas se tromper d’époque et s’imaginer que l’hexagone gaulois peut sur ses propres et seules ressources vivre prospère et en paix à l’abri d’une ligne Maginot, même plus adaptée que celle des années 30, au sein d’un monde aux gigantesques défis et aux multiples menaces.

En fait, face aux incontestables failles du système actuel dans la détection, le contrôle et la neutralisation des individus porteurs et acteurs de la folie djihadiste, le rétablissement des frontières nationales et d’une juridiction propre serait- il plus efficace ? Rien ne le laisse penser, tant la menace est globale et tant les Etats sont interdépendants. La sécurité de chacun est tributaire de celle des autres et l’on voit mal comment une étanchéité totale des frontières pourrait être établie. Ce n’est pas faire offense à nos services de renseignement et de sécurité dont le professionnalisme et les capacités sont unanimement reconnus que de dire que sans une étroite coopération avec les services étrangers, et notamment européens, ils perdraient un large part de leur efficacité.

C’est incontestablement au niveau de l’Union Européenne qu’il faut agir et loin de revenir à une vision nationale du problème, ce qu’il faut c’est assumer efficacement le contrôle des frontières de l’Union. Il y a lieu tout d’abord de mettre d’urgence en place le système PNR de contrôle des passagers du transport aérien, prôné par la Commission Européenne, système dont le principe semble maintenant acquis après un blocage de plusieurs années par des députés européens plus soucieux du maintien des libertés des voyageurs que de leur protection. Nos compatriotes, comme du reste dans la plupart des pays de l’Union, boudent les élections Européennes et doivent prendre conscience de leur responsabilité civique vis-à-vis du Parlement Européen lorsqu’ils veulent bien participer au scrutin…Leur désinvolture à cet endroit est inexcusable.

De même, plutôt que d’abandonner la libre circulation des personnes et des biens ouverte par les accords de Shengen, il est absolument nécessaire de transférer pleinement à l’Agence Frontex la responsabilité du contrôle des entrées et des sorties de l’Union actuellement dédiée aux Etats membres situés aux limites de l’Union. Il va sans dire que cela suppose d’en décupler les moyens financiers afin qu’elle puisse disposer d’un corps de « garde-frontières européens » et d’une flotte de « garde-côtes européens ». Il s’agit là d’une dépense d’un niveau particulièrement élevé qui ne pourra se faire qu’en élevant le niveau du budget de l’Union Européenne. Mais la sécurité de l’Union est à ce prix. Si les Etats membres n’acceptent pas les implications financières au niveau « fédéral » de la sécurité commune, l’Europe restera « passoire » et la guerre contre l’Etat Islamique sera perdue au moins sur le front du territoire Européen.

Il ne faudrait pas pour autant se reposer sur un système efficace de contrôle des frontières de l’Union, il est évidemment impératif de s’attaquer à la source même des menaces et la coalition internationale qui semble se mettre sur pied devra également – voire plus encore car il en va du risque assumé pour la vie des combattants engagés – concrétiser la solidarité des Etats membres telle qu’elle est inscrite dans les articles 42-7 et 222 des traités qui régissent l’Union Européenne. Il faut bien reconnaître que, jusqu’à présent, l’expression de cette solidarité se fait attendre quand on mesure les réticences des partenaires européens de la France à s’engager militairement à ses côtés contre la menace islamiste tant au Moyen-Orient qu’en Afrique Sahélienne.

Et pourtant le temps est réellement venu de décliner comme suit la devise de l’Union :

                       « Unis dans la diversité, Unis dans l’adversité… »

19/11/2015 – Réflexions  sur la Défense Européenne, par le Gal (2S) Jacques Favin Levêque

Les attentats de Paris rendent plus urgente que jamais la définition au niveau de l’Union Européenne d’une Politique  de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) réellement responsable, adaptée aux diverses menaces de la situation internationale, et la mise en œuvre effective et rapide des mesures qui devraient en découler. Le traité de Lisbonne offre d’ores et déjà des possibilités réelles d’un renforcement significatif de la PSDC  qui n’ont pas encore été exploitées et il est temps de leur donner une réalité.

Mais au-delà des mesures de coopération et de mutualisation des efforts de défense que permettent les traités en leur état actuel, il est plus que jamais nécessaire d’élaborer une stratégie de défense au niveau de l’Union, d’en déduire au plus vite un livre blanc de la défense européenne et de traduire dans les faits la volonté de bâtir une défense commune affichée dans l’article 28-A-2 du Traité de Lisbonne : « La Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) inclut la définition progressive d’une Défense commune de l’Union. Elle conduira à  une Défense commune dès lors que le Conseil Européen, statuant à l’unanimité,  en aura décidé ainsi. »

Le sommeil de la PSDC tient non pas aux institutions de l’Union Européenne, mais pour une large part à la non application par les Etats membres des possibilités qui leur sont offertes depuis 2008.Le temps est venu pour le Conseil Européen de statuer à ce sujet, alors que l’occasion en a été manquée tant au sommet de décembre 2013 qu’à celui de juin 2015.
Dans l’immédiat, les mesures suivantes pourraient être prises sans délai, compte tenu des nombreuses études déjà réalisées à leur sujet, ne serait-ce que  par EURODEFENSE ou par de nombreux organismes officiels ou think tank français ou européens. Leur faisabilité technique est bien établie et leur mise en œuvre pourrait être réalisée en urgence:
– Créer la Structure  de Coopération Permanente conformément à l’article 42-6 du traité de l’UE, sur l’initiative des 3, 4 ou 5  Etats membres les plus motivés et les plus capables en matière de défense, afin de constituer la force d’intervention européenne à engager pour détruire Daech sur son territoire.
– Créer en dépit de l’opposition de la Grande-Bretagne un Etat-major opérationnel permanent avec les autres pays de l’UE, afin de piloter l’engagement opérationnel des forces de l’Union

– Saisir toute occasion propice à l’engagement effectif des Groupements  Tactiques ( Battle Groups) Européens, qui sont théoriquement susceptibles d’intervenir dans des délais très brefs, mais auxquels l’UE n’a jamais recouru en l’absence d’accord des Etats membres, notamment sur les conditions opérationnelles d’engagement de leurs ressortissants respectifs.

A terme de quelques semaines ou mois, d’autres mesures pourraient être prises, notamment dans les domaines suivants :

1/  L’appel lancé par la France à l’Union Européenne relatif à l’article 42-7 du Traité de l’Union Européenne (TUE) et à l’article 222 du Traité sur le Fonctionnement de l’UE (TFUE)  pourrait se traduire à très court terme par des mises à disposition ponctuelles de moyens et de personnels de la part des Etats membres au profit de la France. Mais la concrétisation de la solidarité entre Etats Membres et les modalités de l’apport d’une aide de leur part ne sont pas précisées par les traités. Une structure susceptible d’encadrer la mise en œuvre d’une telle aide fait actuellement défaut et il est probable que, en l’absence d’une telle structure, cette aide se traduira par des relations bilatérales entre les Etats membres. Le projet de création au niveau de l’Union d’une entité européenne de protection civile destinée à faire face aux menaces à la sécurité et aux catastrophes naturelles, évoquée il y a quelques années par Michel Barnier, devrait être repris.

2/  L’analyse de la menace terroriste qui pèse sur les Etats membres nécessite une coordination étroite entre leurs services de renseignements. Cela met en lumière le besoin de création d’une Agence Européenne du Renseignement Stratégique, susceptible d’analyser au niveau de l’Union les multiples menaces qui pèsent sur elle. Sans préjuger des conclusions des analyses  que pourrait faire une telle agence, il semble relativement fondé de considérer que la Russie n’est pas à mettre au compte des menaces sur la sécurité de l’Europe et que l’UE a tout intérêt à rechercher les conditions d’une coopération stratégique de défense avec elle.

3/  La défense européenne repose, non seulement sur le professionnalisme et sur le moral des hommes qui l’assument au sein des forces, mais aussi sur l’efficacité des armements dont ils disposent, donc sur l’industrie qui conçoit et construit des systèmes de défense  utilisant au mieux les technologies les plus développées.

Il faut prendre au niveau de l’Union les dispositions budgétaires, non seulement pour financer les opérations qu’elle engage, mais aussi pour assurer sur le long terme la compétitivité, la performance technologique et la pérennité de la Base Industrielle et Technologique de Défense Européenne (BITDE) . Sur ce dernier point la prise en charge au niveau du budget de l’UE d’une aide à la Recherche et Développement des programmes de défense est indispensable pour satisfaire cet objectif au plan industriel.

4/  Par ailleurs au plan opérationnel, il faut souligner l’intérêt de l’initiative lancée par EuroDéfense-Deutschland relative la création d’une capacité  aéromobile de réaction rapide  franco-allemande, éventuellement élargie à d’autres( Pologne notamment) ,  destinée à  appuyer l’engagement des Groupements Tactiques de l’UE. L’aéromobilité est une clef majeure de l’efficacité opérationnelle dans les combats modernes et il serait opportun d’approfondir les conditions de la faisabilité d’une telle capacité au niveau de l’Union.

Enfin les attentats de Paris et leur retentissement dans l’Europe entière  montrent plus encore combien la solidarité européenne doit s’imposer dans la situation de guerre qui pèse désormais sur notre continent et sur notre civilisation. Il est fondamental d’affermir une « conscience européenne de défense », volet citoyen sans lequel la politique européenne de défense restera une coquille vide.  Ce devrait être un objectif majeur de la Commission Européenne.

01/10/2014 – Vu de Bruxelles : Gouvernement économique et Union Politique de l’’Europe – Par Gérard Bokanowski, Ancien Directeur Général au Parlement Européen

Après le gouvernement économique européen, présenté par Jean-Claude Juncker, à quand l’Union Politique Européenne de sécurité et de défense ?

  1. Parlement Européen : la revanche du « Tiers » contre les privilégiés.

On n‘a peut-être pas suffisamment prêté attention aux innovations du Traité de Lisbonne qui a repris certaines dispositions du projet de Constitution européenne. En effet, nous avons longtemps vécu avec un Parlement européen, « représentant des peuples des Etats réunis dans la Communauté ».

Avec le Traité de Lisbonne, il est désormais composé de « représentants des citoyens de l’Union », dispose d’une « co- autorité législative et budgétaire » et élit le Président de la Commission à la majorité qualifiée « en tenant compte du résultat des élections européennes ».

Ce « en tenant compte » a fait couler beaucoup d’encre !  Cameron et la plupart des Chefs d’Etat et de Gouvernement ont pu penser, dans une approche « présidentielle » à la française, que l’on ferait …comme d’habitude… et qu’il appartenait aux représentants des Etats réunis dans le Conseil Européen de proposer un candidat correspondant au résultat des élections, c’est à dire appartenant à la majorité de centre-droit qui dispose du plus grand nombre de sièges à l’issue de ce scrutin, donc le PPE, sinon, par le jeu des coalitions, à son concurrent du Parti Socialiste européen …en prévoyant un équilibre au niveau des Grands postes (Présidents du Conseil Européen et du Parlement Européen, Haut Représentant)

C’était oublier que les grandes formations politiques européennes, disposant depuis la réforme de 2003 du statut de partis politiques européens, avec les moyens de financement qui en découlent, ont fait campagne sur des leaders désignés par les Congrès des représentants de tous les partis politiques qui les composent dans les 28 pays membres. C’est ainsi,  par exemple , que Michel Barnier, malgré une campagne remarquable, s’est vu préférer Jean-Claude Juncker qui a réuni 60% des voix des 800 délégués au Congrès du PPE.

Puis, en utilisant la règle constitutionnelle des régimes parlementaires classiques (le parti arrivé en tête aux élections est le formateur) le Parlement Européen a imposé au Conseil Européen la désignation de Juncker, moyennant, pour assurer le vote majoritaire, une répartition des responsabilités avec les socialistes (Martin Schulz, prolongeant son mandat de Président du Parlement européen) et les libéraux.

Il s’agit d’un changement institutionnel profond.

Nous sommes passés de la dialectique Etats – Commission avec un Président de celle ci désigné par leConseil Européen et acceptable par le Parlement Européen à une Commission procédant du Parlement Européen au bénéfice du leader du parti politique européen arrivé en tête de l’élection. Ce qui renforce singulièrement les pouvoirs du Parlement.

Personne, et certainement pas le citoyen de la Creuse ou de Bamberg – qui – en mettant son bulletin UMP, CSU  ou socialiste dans l’urne-  ignorait (sans doute à tort ) qu’il votait pour Juncker ou Schulz à la tête de l’Europe – n’a vu venir cette novation dans la gouvernance de l’Europe.

Pour employer le langage de la Révolution française, c’est la revanche des représentants du « Tiers Etat européen » contre les privilégiés, les Princes du Conseil Européen desChefs d’Etat et de Gouvernement.

Comme vient de le déclarer Alain Lamassoure, Président de la délégation française du Groupe PPE au Parlement Européen :

“Le Parlement européen a reflété scrupuleusement le vote des citoyens européens. Le vainqueur du 25 mai devient le chef de l’exécutif européen. C’est l’an I d’une vraie démocratie européenne”,

Et, de fait, c’est sur l’équilibre des nouveaux groupes parlementaires européens issu de l’élection, queJean-Claude Juncker a composé son équipe.

  1. Le « gouvernement» Juncker .

« Le chef du gouvernement économique européen, c’est moi ».

 Cette déclaration de Barroso devant le Parlement Européen , en 2011, aurait pu être prononcée par Juncker.  Le Président désigné a effectivement composé un gouvernement économique de choc avec un « Premier ministre », l’ancien ministre des Affaires Etrangères des Pays-Bas, Frans Timmermans, chargé de la coordination législative ainsi que cinq Vice-Présidents, chargés de superviser les différents domaines d’action prioritaires: Budget et Ressources humaines, Energie, compétitivité, Euro et Dialogue social, Marché Unique numérique .

On se félicitera de la priorité donnée à l’action économique et à la consolidation de la zone euro dans la mesure où deux anciens premiers ministres, Katainen (Finlande) et Dombrovskis (Lettonie) supervisent respectivement l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité pour l’un, l’Union Economique et Monétaire pour l’autre.

Ce qui signifie que les commissaires responsables des  Affaires économiques et financières (le français Moscovici) , de l’Economie et de la Société numérique (l’Allemand Öttinger) de l’Emploi et des Affaires Sociales (la belge M. Thyssen) , de la Politique régionale (la Roumaine C. Cretu), du Marché Intérieur et de l’Industrie (la Polonaise E . Bienkowska), des Services financiers (l’Anglais Jonathan Hill) travailleront sous leur supervision.

La multiplicité des acteurs liée au trop grand nombre de commissaires risque cependant de peser sur les priorités de la zone euro.

Il s’agira, en effet, d’assurer un minimum de consensus entre  une politique financière orientée vers la stabilité  (Schäuble) et une certaine politique de relance exigée par les leaders socialistes européens . Celle-ci s’exprimera dans le plan Juncker de 300 milliards en 3 ans et par les pressions de la BCE pour relancer l’investissement public.

Le succès du « Gouvernement économique Juncker » passe d’abord par l’Allemagne, car il devra résoudre la « quadrature du cercle » : imposer le désendettement et le Pacte de Stabilité tout en effectuant simultanément une relance de l’investissement déjà amorcée, un plan de convergence des économies et un dialogue équilibré avec la BCE.

A Berlin, on est plein de bonne volonté pour aider Juncker  mais la position officielle des responsables allemands est claire : «  Wachstum in Europa heisst aber auch, dass alle Staaten ihre Hausaufgaben machen ». Ce qu’on pourrait exprimer ainsi : « La croissance en Europe suppose aussi que les Etats respectent leurs devoirs budgétaires ». Et ce qui signifie que le décrochage français par rapport au Pacte de Stabilité sera particulièrementsurveillé et que le Commissaire aux Affaires économiques et financières, M.Moscovici,  « pourra tout imprimer librement sous l’inspection de deux ou trois censeurs » !

On peut cependant penser que l’ancien Président de la zone euro, c’est-à-dire Juncker, saura assurer la coordination entre le nouveau Président de l’eurozone, le Conseil des Ministres Ecofin, les Vice-Présidents Emploi et Euro de la Commission et les quatre commissaires à compétence économique que sont MM. Moscovici, Oettinger, Hill et Bienkowska .

On peut également saluer les priorités reconnues à la croissance, au Marché Intérieur, à la politique industrielle, à « l’Union Energétique »  et à la « Société numérique ». Mais la politique est un tout : développer l’Europe économique, c’est aussi assurer le développement de sa Sécurité et de sa Défense.

  1. A côté du gouvernement économique Juncker, il convient donc de développer l’Union Politique fondée sur la Politique étrangère et la Défense de l’Europe.

On le voit, M. Juncker, issu de la légitimité du vote du Parlement Européen a su proposer rapidement, en tenant compte des propositions des Etats membres, un véritable gouvernement économique européen. Il a utilisé, ce faisant, avec succès « la méthode Monnet, » la méthode communautaire, en développant, à côté des gouvernements le rôle de l’organe indépendant, la Commission, et en proposant une sorte de « programme de gouvernement » assorti de priorités.

Il y a quelques années, une Conférence paneuropéenne, organisée par l’Université de Nancy , avait permis de réfléchir sur l’influence de Richard Coudenhove-Kalergi et de Charles de Gaulle, sur la création d’un pôle politique consistant à dépasser le Marché Commun en incluant la politique étrangère et la défense dans un nouveau Traité. Plus que jamais, quelque 50 ans après les initiatives du Général de Gaulle , l’Union Politique de Sécurité et de défense, deuxième pôle institutionnel reste à créer à côté du Pôle économique. Elle est au cœur de l’engagement paneuropéen.

Seul un Groupe d’Etats déterminé (par exemple « Weimar plus » comprenant l’Allemagne, la France, la Pologne, l’Italie, l’Espagne, la Belgique) et ceux qui le rejoindront pour former une « Coopération Structurée Permanente » pourra créer, enfin, cette Union Politique indispensable – car tout se tient – au succès du gouvernement économique de M. Juncker. Une Europe solidaire autour d’un « noyau dur européen » animé par l’Allemagne et la France, comme MM. Schaüble et Lamers l’avaient proposé il y aura bientôt 20 ans, dérange sans doute beaucoup de monde, mais c’est la seule solution pour protéger nos valeurs, relancer notre développement économique autour d’un modèle social européen qui s’inspire du capitalisme rhénan et des réformes que l’Allemagne a su s’imposer et imposer. Tout cela, a condition que la France ne soit pas « l’Homme malade de l’Europe ». Qui ne voit que les personnalités de la majorité socialiste qui « tapent sur la chancelière » affaiblissentl’audience de la France dans la nécessaire relance de l’Europe autour de la zone euro ?

Les objectifs : fédérer la zone euro autour du couple franco- allemand, en complétant le Marché intérieur, assorti d’un gouvernement économique européen , d’une réglementation bancaire et d’une harmonisation fiscale; assurer la sécurité de l’Europe en stabilisant  ses frontières ; développer sa Défense en « coopérations renforcées » avec un état-major européen indépendant del’OTAN, mais en coopération avec celle-ci, une Défense appuyée sur un LivreBlanc qui fixe les grands principes d’une politique étrangère européenne. Il ya urgence en effet.

Qui ne voit que dans le nouvel « arc de crise » aux portes de l’Europe, en Ukraine, au Moyen Orient, en Syrie, en Lybie, en Irak mais aussi en Afrique la présence et l’influence de l’Europe doivent s’imposer pas seulement comme bastion avancé de l’Alliance atlantique mais comme pôle de sécurité du continent européen en partenariat avec la Russie ?

Pour réussir, compte tenu des importantes négociations internationales qu’il devra conduire – et celle, notamment, du Traité de libre échange Transatlantique (or il est difficile de négocier avec son protecteur !) le gouvernement économique de Jean-Claude Juncker doit pouvoir s’appuyer sur une Europe crédible, celle de l’Union Politique de Sécurité et de Défense promise depuis cinquante ans mais sans cesse différée.

Cet article a été publié par « Atelier de Strasbourg – Avec l’Union Paneuropéenne Internationale » dirigé par Jean Paul Picaper le 19/09/14 , sur le site : http://ats67.123siteweb.fr/

29/09/2014 – Et maintenant, quid de la relation UE-Russie ? Par le Général(2s) Jacques Favin Lévêque

      Un évènement chasse l’autre, c’est la loi des médias…Les feux de l’actualité sont désormais braqués sur la guerre engagée contre les furieux de Daech- et il est bien vrai que si l’on devait établir une hiérarchie des menaces, la folie meurtrière des islamistes l’emporte largement sur les intentions conquérantes que certains prêtent au dirigeant Russe.

Il n’empêche qu’en dépit de l’apaisement récent- et peut-être temporaire- du conflit Ukrainien, la question des rapports géopolitiques et géostratégiques de l’Union Européenne avec la Fédération de Russie reste entière. La nouvelle équipe qui va prendre les commandes du navire européen devra s’en préoccuper et se fixer comme objectif de construire une relation apaisée et équilibrée entre les deux puissances qui se partagent l’espace de notre continent. Il y a quelques années, on avait évoqué l’idée d’un partenariat stratégique entre ces deux acteurs majeurs, tant au plan économique qu’en matière de sécurité et de défense. Ce projet mérite d’être repris à la lumière des évènements récents. A défaut d’une telle mise en chantier, l’Union Européenne risque fort de constater à la première occasion son incapacité à mettre en œuvre une politique étrangère commune et à combler un vide stratégique qui laisserait une nouvelle fois la diplomatie américaine régler les problèmes de sécurité, qui se posent à l’Europe, y compris dans ses répercussions économiques.

Car, enfin, au-delà des partis pris et des outrances qui ont marqué bon nombre d’analyses politiques, il n’est pas interdit de faire un bilan de la diplomatie européenne dans la crise ukrainienne et d’en tirer les conséquences pour l’avenir.

Il ne saurait être question d’approuver ou même simplement de justifier les agissements de Vladimir Poutine, mais du moins faudrait-il tenter de les expliquer, de les comprendre et finalement de les relativiser, ce qui n’a, semble-t-il, pas été le cas au niveau de l’Union.

L’indispensable retour au passé historique de l’Ukraine, histoire extrêmement complexe, pays partagé pendant des siècles entre de multiples influences Lituanienne, Polonaise, Austro-Hongroise et placé depuis le 17ème siècle sous la coupe de l’empire tsariste, n’a pas souvent été fait. Pourtant était-il anodin de rappeler qu’avant même son rattachement de fait à la Russie tsariste par Catherine II, l’Ukraine était dès l’an 988 sous le règne de Vladimir le berceau de l’orthodoxie russe.

Wilkipédia, dont chacun sait qu’il faut parfois prendre les assertions avec précaution, nous rappelle qu’« au Xème siècle, le territoire Ukrainien se convertit au christianisme orthodoxe qui devient religion d’Etat et l’un des facteurs de l’unité nationale russe ».

Dans l’analyse de cette crise la grande erreur des occidentaux, tout d’abord des Etats-Unis, mais surtout des dirigeants Européens a été de ne pas tenir compte des pesanteurs de l’histoire, des réalités ethniques, linguistiques et économiques d’une Ukraine qui, avant l’éclatement de l’URSS, n’a en fait été indépendante qu’entre 1918 et 1920 et dont l’unité même est fragile. Couper clairement l’Ukraine de la sphère d’influence russe et la pousser à choisir entre Russie et Europe, c’était un non-sens, car l’Ukraine ne peut vivre qu’en bonne intelligence économique, énergétique et culturelle avec l’une et avec l’autre. Elle a besoin des deux et la paix en Europe également.

Dans les années 95 l’Union Européenne n’a pas su saisir la main que lui tendait la Russie et a, en fait contre son propre intérêt, suivi la politique américaine d’extension galopante de l’Otan vers l’est, oubliant les promesses faites à la Russie à ce sujet et voulant même y inclure la Géorgie et l’Ukraine. Ajoutons à cela les critiques acerbes d’une presse occidentale incapable de saisir la spécificité politique russe et la complexité d’une mutation vers une démocratie à l’occidentale, les humiliations faites à ce qui est et reste un grand pays au regard de l’histoire, la dernière en date étant le boycott des JO de Sotchi par les Chefs d’Etat Européens au moment même où commençait l’affaire du Maïdan.

Force est de constater que cette incompréhension de la réalité russe et cette politique d’humiliation ont conduit la Russie à une fuite en avant dans la crainte d’un encerclement stratégique, à un rejet de l’occident dont elle dénonce, peut-être pas totalement à tort, la décadence des mœurs et à un nationalisme s’appuyant sur le passé de la grande Russie tsariste.

Evidemment tout cela ne justifie pas le coup de force de Vladimir Poutine en Crimée, pas plus que son soutien militaire aux séparatistes ukrainiens, mais cela l’explique. Le drame c’est que face à un chef d’Etat au caractère bien trempé mais qui n’est pourtant pas le diable que les médias nous décrivent, un chef d’Etat jouissant d’un fort soutien populaire et d’une vision stratégique pour son pays, il n’y a eu aucune stratégie réelle de la part de l’UE. Celle-ci a ainsi laissé le champ libre à la stratégie des Etats-Unis au service de leurs propres intérêts qui, en l’occurrence, ne coïncident que très partiellement avec ceux des Européens. L’intérêt de l’Europe est bien d’établir avec la Russie une relation équilibrée et apaisée tant aux plans économique et énergétique, qu’au plan de la sécurité et de la Défense.

D’emblée les Européens ont déclaré qu’ils n’opposeraient pas la force à la stratégie Russe, se privant ainsi d’un argument diplomatique fondamental. Le droit sans la force, cela n’aboutit jamais dans les rapports entre Etats, qui, en dépit de l’existence de modérateurs comme l’ONU, restent et resteront des rapports de force. Poutine a parfaitement compris qu’il avait affaire à un ventre mou Européen et il ne s’est pas privé de souffler le chaud et le froid comme aux grandes heures de la guerre froide.

Alors que conclure de cela pour l’avenir ? La situation étant maintenant ce qu’elle est, en fait une situation de guerre civile au sein de l’Ukraine, un retour de fait et sans réelle possibilité de remise en cause de la Crimée et de la base stratégique de Sébastopol dans l’orbite russe, une épreuve de force économique et énergétique entre Russie et Union Européenne dont chacun pâtit très lourdement, le mieux est de reconnaitre cet état de fait et de négocier une désescalade sur la base d’une fédéralisation ou d’une partition de l’Ukraine. C’est, semble-t-il, ce qui ressort du récent accord intervenu entre le Prdt Ukrainien et le Prdt Russe, accord de cessez-le–feu fragile certes, mais premier pas vers un nouvel équilibre géostratégique en Europe.

L’Union Européenne, pour sa part, ne peut que constater son incapacité dans la gestion de cette crise à mettre en œuvre une véritable politique étrangère commune, elle doit en tirer les conséquences. Il est urgent qu’au-delà des politiques nationales et des intérêts propres à chacun des Etats membres, l’Union Européenne se donne une capacité de réflexion stratégique au niveau communautaire. Son ambition d’après la Stratégie Européenne de Sécurité étant d’être un acteur géopolitique global au niveau de la planète, il serait grand temps qu’elle se montre à la hauteur de cette ambition dans ses rapports avec un voisin dont l’objectif dans ce domaine est clairement affiché. Le domaine de la Défense étant en outre un corollaire de la politique étrangère, l’UE doit enfin prendre conscience qu’elle ne peut se contenter d’être une puissance soft power et doit afficher désormais sa volonté de disposer d’un outil militaire propre qui lui donnerait l’autonomie stratégique et lui permettrait de peser dans les négociations internationales.

Ce sont cette volonté et cet outil qui lui ont fait défaut dans la crise Ukrainienne et qui l’ont condamnée à n’être qu’un spectateur impuissant du dialogue qui s’est instauré entre la Russie et les Etats-Unis pour résoudre la crise, chacun au mieux de ses intérêts.

28/09/2014 – Un article très intéressant et novateur d’Olivier Dupuis dans le Huffigton Post

http://www.huffingtonpost.fr/../../olivier-dupuis/ukraine-penser-europeen_b_5879812.html

18/06/2014 – Par l’Ambassadeur Yves Gazzo, membre du Bureau d’EuroDéfense-France

European Elections, an update

Following my note dated 27 May 2014 on the same subject you will find below an additional analysis on the outcome of the 2014 European Parliament elections.

1. Emergence of the extreme right all over Europe

This is the most striking news of the 2014 elections. Extreme right and eurosceptic parties are holding 11% of the European Parliament seats (86 MEP’s); there are however substantial discrepancies between Member States, between for example the 27% vote for UKIP or the 25% for France Front national and the decrease of Eurosceptics /extreme right votes in Belgium, Bulgaria, Hungary and Italy. Also even if votes for the number one party (the Center right EPP) fell by more than 10%, support to pro Europe parties increased in several countries, Croatia +14%, Hungary +12%, Austria + 9 % and even a +3 % in the UK!

2. The turnout

This is the first time since the start of elections to the EP that a (slim) increase of voters took place. However the rate of turnout remains low (43%), there also covering discrepancies among Member States with an increase of voters in Greece, Germany, France, Sweden on the one hand, and a disappointing low turnout in Slovakia (13%) or the Czech Republic (18%): One of the reasons of all this is that in several countries (Greece, France, the Netherlands) the political debate has shifted on national issues (immigration, national governance, legitimacy, etc.). Another concern is the low turnout of young voters, probably concerned by economic issues (unemployment, lack of mobility, etc.) and by the difficulty for the European Union to address their concerns.

3. Any negative impact of eurosceptic/extreme right on the European Parliament? 

There is no risk that eurosceptic/extreme right parties succeed in blocking the EP day to day functioning; however they have the potential to block legislative initiatives and to obstruct parliamentary work especially when a 2/3 majority vote is required to pass legislation which de facto will force the pro-European parties (EPP and the Socialist and Democratic party) to join forces. However as these Eurosceptics diverge on several issues (civil liberties, justice, home affairs, internal market, consumer protection, economic and monetary affairs) there is a limited risk that they manage to form a unique, unified party. They may, nevertheless impact on issues such as EU immigration and harmonization of the sovereign debt, the EU budget, market reform policies, constitutional matters, EU integration, crime and safety. In any case this is a new challenge to EU integration and even to the EU survival. This huge challenge will be addressed successfully if i) a major rethinking in the way the EU manage to substantially improve its citizens participation in the decision making process is carried out and ii) the EU institutional architecture is revamped in a substantial way.

One of the collateral damages of the outcome of this election is the selection of the Head of the next Commission, to replace president Barroso as none of the two pro European big parties was able to obtain an absolute majority, the President of the Council (Mr Van Rompuy) was not able to propose a name (Mr Juncker for the EPP or Mr Schultz for the S&D). This procedure was introduced in the Lisbon Treaty to increase the « appropriation » feeling of the EU institutions by the citizens; de facto the ball is not back in the hands of the Council of the member states and this will not contribute to improve the EU image among the EU individuals.

22/05/2014 – Par l’Ambassadeur Yves Gazzo, membre du Bureau d’EuroDéfense-France

Les élections européennes : tractations en coulisses

L’une des nouveautés introduites par le traité de Lisbonne, et elle n’est pas des moindres, consiste à faire élire comme président de la Commission le candidat du parti qui a récolté le plus de voix.
Outre le fait qu’aucune majorité de poids émergera des élections du 25 de ce mois, le Conseil, c’est à dire les États entendent garder la main d’une façon ou d’une autre.

[…] Lire la totalité de l’article

14/03/2014 – Par le Général (2s) Jacques Favin Lévêque / Membre du Bureau d’EuroDéfense-France

Union Européenne-Russie : le dialogue impossible ? 

         Nul ne sait comment évoluera la crise Ukrainienne : guerre ouverte avec la Russie ? annexion définitive de la Crimée  par la Russie? partition de l’Ukraine ? guerre civile Ukrainienne? réconciliation et cohabitation au sein d’une structure fédérative ou confédérative ? ou toute autre issue encore ?

En fait l’histoire se construit au jour le jour, au gré des circonstances et des évènements, en fonction de telle ou telle décision des hommes de pouvoir dans chacune des  parties prenantes et il est tentant de  ne voir aucun déterminisme dans leur évolution et  leurs rapports mutuels.

Mais peut-on pour autant nier la capacité des hommes à orienter l’avenir ? Pour prendre un exemple, si le nouveau pouvoir Ukrainien n’avait pas dans l’euphorie de son succès  sur la Place Maïdan décidé en urgence le déclassement de la langue russe et supprimé son statut de langue officielle, la réaction des Ukrainiens Russophones aurait elle été aussi brutale et aussi décisive pour la suite de la crise ?

L’histoire  peut-elle  dans une certaine mesure se construire par la volonté de quelques uns ou du moins se prédire avec quelque chance de ne pas être démentie par les faits ?

Si tel n’était pas le cas, il ne servirait à rien d’élaborer dans les sphères les plus élevées de nos gouvernements des politiques et des stratégies pour atteindre les objectifs qu’ils espèrent réaliser.

A la lumière de ces réflexions, reprenons l’affaire Ukrainienne et resituons là dans le contexte géopolitique de la décennie 90. La réunification de l’Allemagne avait alors fait l’objet de la part des dirigeants occidentaux de l’époque de promesses relatives à l’absence de bases de l’OTAN  sur les territoires des anciens pays satellites et de garanties pour l’autonomie d’une Crimée, partie intégrante de l’Ukraine.

Nonobstant ces engagements, les Etats-Unis n’ont eu de cesse depuis plus de 20 ans de pousser l’élargissement de l’OTAN jusqu’aux marches de la Russie. Il aura fallu en 2008 un brutal coup de semonce de Moscou pour stopper leurs velléités d’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’Alliance Atlantique. L’Union Européenne a suivi sans état d’âme et sans aucun discernement cette politique d’expansion qui portait pourtant en elle le germe prévisible d’une tension Est-Ouest, sinon de casus belli, au sein du continent européen. Cette extension de l’Alliance Atlantique n’a pas abouti à l’intégration de l’Ukraine. Mais imaginons un instant ce que serait la situation présente si l’Ukraine, devenue membre de l’Otan, agressée militairement en Crimée, demandait de faire jouer l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, garantie suprême de la solidarité Atlantique…C’est ainsi que naissent les guerres et l’Europe s’en souvient, un siècle après avoir été au cœur de l’apocalypse du 1er conflit mondial.

En fait l’Ukraine n’est pas entrée dans l’OTAN et bien évidemment nous n’en sommes pas à voir l’Alliance riposter au coup de force Russe en Crimée. Ce n’est pas pour autant que la situation ne soit pas dangereuse pour la paix sur notre continent.

Celui-ci retrouve depuis quelques semaines non pas les conditions de la guerre froide, mais tout-au-moins le climat tour-à-tour glacial et caniculaire qui la caractérisait. Nous avons une longue expérience de cette pratique russe qui consiste à souffler le chaud et le froid, à aller jusqu’au bord de la guerre chaude pour atteindre l’objectif stratégique qu’elle s’est fixée et s’en tenir en définitive à la guerre de l’intimidation. Cette dialectique était celle des décennies 50 à 90 et nous savons combien elle peut être efficace si elle n’est pas contrée par une diplomatie déterminée et réaliste.

Et c’est bien là l’une des lacunes viscérales de l’Union Européenne. Y-a-t-il réellement une politique Européenne vis-à-vis de la Fédération de Russie ? L’UE a-t-elle une vision claire et réaliste des rapports qu’elle se doit d’entretenir avec cette puissance qu’elle n’a en fait cessé d’ignorer ou d’humilier inutilement depuis 2 décennies, le dernier affront en date n’étant pas le moindre : le boycott des jeux de Sotchi par les chefs d’Etat Européens, sur fond de sarcasmes de la presse à l’encontre de l’engagement personnel de Poutine pour leur réussite, n’était pas, c’est le moins que l’on puisse dire, de nature à créer les conditions d’un apaisement des relations au moment où le drame de Maïdan commençait à se nouer.

La clé de cette crise en plein cœur de l’Europe est en fait dans l’apaisement et la normalisation des relations entre l’UE et la Russie. Contrairement à l’emballement médiatique, elle n’est pas dans l’exaltation romantique d’un peuple en révolution pour sa liberté et son indépendance. Elle est encore moins dans la diabolisation d’un Poutine, qui, pour n’avoir pas les réflexes d’un démocrate à l’Européenne, n’est pas le tsar dictatorial et machiavélique que certains nous dépeignent. La solution n’est pas non plus dans la condamnation d’un peuple russe ou des populations ukrainiennes russophones et russophiles  qui ne se reconnaissent pas dans l’évolution libertaire des sociétés européennes et qui, revenues de l’endoctrinement idéologique des régimes totalitaires, aspirent à un retour aux racines culturelles et religieuses de leur histoire.

Qu’y a-t-il d’étonnant à ce que la Crimée qui est Russe depuis plus de 2 siècles souhaite le redevenir ou du moins rester dans la mouvance Russe ? Qu’y a-t-il d’anormal à ce que des Ukrainiens se souviennent que c’est à Kiev qu’est née, il y a plus de 3 siècles, la Russie tsariste et souhaitent demeurer dans la zone d’influence économique et culturelle de Moscou?

Ce ne sont pas les réalités ethniques et les aspirations nationales elles-mêmes qui sont contestables, c’est la manière que le Kremlin a prise pour les renverser qui est inacceptable. L’Union Européenne ne saurait accepter que de tels bouleversements dans les frontières et les nationalités se fassent par la force, comme c’est actuellement le cas en Crimée et comme on peut craindre que cela le devienne demain dans l’est Ukrainien.

C’est pourquoi la fermeté doit être de rigueur dans les négociations qui devraient s’engager au plus vite entre l’Union Européenne, puissance économique, sinon politique,  et une Fédération de Russie qui, en dépit de sa dépendance à l’export de ses richesses minières, est bien la 2ème puissance  de notre continent.

Les négociateurs Européens, loin de céder à la mode d’anti-russisme relativement primaire et superficiel qui sévit ces temps-ci en Europe, se devront d’œuvrer dans un climat de respect et de compréhension mutuelle.  Il revient aux instances dirigeantes de l’UE de trouver dans les  arcanes de sa diplomatie les hommes ou les femmes susceptibles d’apaiser les passions. Cette négociation ne doit évidemment pas se faire sur le dos d’une Ukraine, enflammée par sa révolution et déchirée dans sa population. Tout en donnant des garanties aux Ukrainiens sur un soutien de principe à leurs aspirations démocratiques, l’Union Européenne doit énoncer clairement sa position sur l’inopportunité d’une intégration dans l’Union même à terme visible. L’intérêt de chacune des parties prenantes est de trouver pour ce pays un statut de pont, de trait d’union entre les 2 puissances économiques et politiques qui se partagent l’espace européen. Le choix de l’Ukraine ne peut-être binaire. Ce n’est pas, ce ne peut pas être la Russie ou l’Europe. Cela doit être la  Russie et l’Europe. L’Ukraine a besoin des deux pour sa prospérité et le continent européen  aussi pour la sauvegarde de la paix.

Il se trouve que les ministres des Affaires Etrangères des Pays du Triangle de Weimar ont joué un rôle indéniable dans l’apaisement de la crise sur la place Maïdan, sauvant au moins provisoirement l’honneur d’une diplomatie  Européenne peut-être présente dans l’ombre mais peu perceptible.

Pourquoi ne pas capitaliser sur un 1er succès de ce trio symbole de réconciliation au sein de l’Europe continentale ? Certes ce succès a été rapidement obscurci par la suite des évènements et il faut en relativiser la portée. Mais le triangle de Weimar n’est-il pas à l’origine de nombreuses initiatives lancées dès 2010 pour une relance de la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) ? Cette volonté commune à l’Allemagne, la France et la Pologne de rendre l’Union Européenne plus responsable au plan diplomatique, plus visible en matière de défense, avait du reste été rejointe par l’Italie et par l’Espagne, mais s’était heurtée aux réticences de la Grande-Bretagne, dans sa crainte obsessionnelle de voir l’Europe de la Défense concurrencer l’OTAN. On mesure du reste aujourd’hui combien il pourrait être dangereux d’impliquer l’OTAN dans le règlement de la crise présente et combien il serait bénéfique pour la paix sur notre continent d’avoir au niveau de l’Union Européenne une Politique Etrangère et de Sécurité Commune, ce rêve à peine ébauché de la PESC,  et de disposer des structures et des moyens d’une politique de défense et de sécurité commune, cette PSDC que le sommet Européen de décembre dernier a tenté timidement de réanimer après plusieurs années d’hibernation.

Donner à la PSDC une réalité plus tangible, susceptible d’apporter un soutien crédible à une véritable Politique Etrangère Européenne, dont le besoin se fait si puissamment sentir en ces jours où la diplomatie doit jouer pleinement son rôle, tel est le vœu du réseau des Associations EURODEFENSE qui couvre 13 pays de l’Union Européenne et qui, s’appuyant sur l’expertise et la compétence de ses membres, propose aux instances Européennes et aux citoyens de l’Union les éléments d’une réflexion sur l’équilibre géopolitique et géostratégique de notre continent. C’est du reste en cela que, dès 2012, EuroDéfense-France,  bénéficiant des conseils de Philippe de Suremain, ancien Ambassadeur de France à Kiev, analysait l’état des relations entre l’Union Européenne et la Fédération de Russie en matière de défense et de sécurité et a rédigé en liaison avec l’ANAJ-IHEDN un rapport (*) qui mérite probablement d’être consulté dans le contexte présent.

C’est dans ce sens que je signe cet article qui n’est qu’une illustration parmi d’autres des réflexions qui peuvent aider à la compréhension et à la résolution de la crise actuelle.

(*) Voir sur le site eurodefense.fr l’étude intitulée « Quelles perspectives pour une coopération Union Européenne-Russie en matière de Défense ? »

11/02/14 – Par l’Ambassadeur Yves Gazzo

Privatization / Collateral impact of the Ukrainian Crisis

         It is with a thin margin of four votes that the Cyprus Parliament has adopted today the bill related to the privatization of the semi-governmental companies (Cyprus Telecoms, Cyprus Port Authority, etc.) as requested by the Troika in its 2013 10 billion euros  bailout program. This was also a specific condition for the release of 236 million euros to Cyprus.

         On another topic, the Ukraine crisis may put Turkey in a uncomfortable condition for objective reasons – Turkey is not an ally of Russia, and Turkey supports the Crimea Tatar Sunni Muslim minority, opposed to Russia and in favour of remaining Ukrainians – and the Russian recent move is similar to the one made in 1973 by Turkey when it invaded illegally and by force one third of Cyprus territory. In the short term this may embarrass Turkey which will have to address this political contradiction but it may not be the case in the long term if this kind of military intervention becomes another way of conducting world affairs and there is a growing number of examples or attempts worldwide (China /Tibet, Russia Abkhazia and Ossetia, etc.), but also, jihadist movements in Mali, etc. all coming from powerful nations, and Turkey may take advantage of these to refuse to withdraw one day from occupied Cyprus and thus comfort its dream to be again a powerful and feared nation.

Élections/Ukraine

  1. ÉlectionsMalgré des éclaircissements récents rien n’est encore joué concernant les futures nominations des dirigeants de l’Union européenne.
    Certes les deux principaux groupes parlementaires du Parlement européen ont choisi leurs « champions » comme candidats au poste de futur Président de la Commission européenne, pour remplacer José Manuel Barroso en novembre prochain: le luxembourgeois Jean-Claude Juncker pour le centre droit (« élu » le 6 mars avec 61% de voix contre 39% à Michel Barnier ; Joseph Daul, quant à lui étant réélu président du PPE avec 90% des voix) et l’allemand Martin Schultz pour les socialistes.
    Malgré la montée prévisible du score des eurosceptiques et des populistes aux élections de mai prochain c’est l’un ou l’autre nom que le président sortant du Conseil, Herman Van Rompuy devrait proposer conformément aux dispositions du traité de Lisbonne, et une fois connus les résultats des élections.

En fait, la situation pourrait ne pas être si limpide que cela pour les raisons suivantes :

  1. Un compromis devra probablement être trouvé entre centre droit et centre gauche car aucun de ces deux partis n’aura la majorité absolue.
  2. Jean-Claude Juncker pourrait négocier sa nomination récente comme chef de file du PPE pour briguer le poste du Conseil occupé actuellement par Herman Van Rompuy laissant sa position potentielle de futur chef de la Commission vacant.
  3. Les États membres souhaiteront « garder la main » dans ces nominations d’une façon ou d’une autre et par conséquent ils vont interférer dans le jeu des nominations.

Il faudra attendre plusieurs semaines avant d’observer un affinement des listes de candidats probables et le résultat des élections de mai prochain pour une confirmation dans un sens comme dans un autre sans exclure comme indiqué dans une note précédente une prolongation des tractations jusque pendant l’été

       2. Diplomatie européenne.

Dans un autre domaine, celui de la situation en Ukraine la crainte existe à Bruxelles de voir les Européens reculer face à la détermination du président Poutine. L’UE a peut-être fait preuve de légèreté lorsqu’elle s’est engagée résolument en faveur des opposants ukrainiens, non élus, en sous estimant la réaction russe. En parallèle, le monde slave est comme revigoré, plus sûr de lui, plus conscient d’être en harmonie avec les valeurs qu’il porte, d’où une posture plus saillante, notamment de la Russie dans les différents dossiers internationaux.

Il est possible par ailleurs que la situation en Crimée évolue comme à Chypre (occupation illégale et par la force d’une partie du territoire par la Russie, sans reconnaissance par la communauté internationale, mais actée de facto).

 05/02/14 – Par Alexis A.  BERESNIKOFF

Beaucoup d’hommes politiques donnent actuellement leur avis sur la crise Ukrainienne sans connaître, me semble-t-il, quelques paramètres historiques susceptibles de l’éclairer. Fort de mes connaissances de la Russie (porte parole pendant 3 ans et jusqu’à sa mort du Chef de la Maison Impériale) et de ma participation à un Groupe de Travail IHEDN/EURODEFENSE sur « Les relations entre l’U.E., l’OTAN et la Russie », permettez moi de faire quelques commentaires sur la situation en cours en Ukraine pour tenter de contrer l’importante désinformation sur le sujet !

1. Sans équivoque, le Président POUTINE, ex-KGBiste, est un dictateur mais la Russie d’aujourd’hui est le résultat de quatre siècles de dictature Impériale suivie de 70 ans de dictature communiste et n’est sensée connaître la démocratie que depuis 25 ans !! La France est sensée être une démocratie depuis 225 ans et il y a pourtant encore des accrocs … La Russie n’est pas prête pour une démocratie à l’européenne : arrêtons de nous considérer comme le centre du monde et de vouloir juger les autres avec  nos règles alors qu’ils n’ont ni le même niveau, ni la même culture. Le Président Poutine est certainement un passage normal/obligé vers une démocratisation, à terme, inexorable du pays.

2. Les Russes ont été KO debout avec l’effondrement du Pacte de Varsovie et tiennent pour responsable (à juste titre en grande partie) les Etats Unis. L’OTAN, dont le sigle a été, à mon avis, conservé à tort car son objectif d’origine n’a plus de raison d’être, est pour les Russes synonyme d’Etats Unis. Le Président POUTINE fait bien entendu tout ce qu’il peut pour que la Russie soit à nouveau considérée comme une grande puissance.

3. Mais il faut comprendre l’inquiétude des Russes de voir, sous couvert de l’Union Européenne, s’installer à sa frontière l’OTAN qui reste dans leur inconscient le symbole de leur perte d’influence et de l’effondrement de l’Empire « URSS ». La  Russie rêve de redevenir une grande puissance (elle en possède les atouts) et souhaite en particulier conserver un « pré carré », sinon économique, du moins d’influence mais n’est-ce pas le cas aussi des Etats Unis ? (Cf l’Opération « Baie des Cochons » à Cuba). L’influence des Etats Unis (c’est-à-dire pour les Russes de l’OTAN) dans l’effondrement du mirage de « 2ème puissance mondiale » et dans l’émergence de nationalismes parfois factices (la Géorgie, l’Ukraine ont existé en tant que tel, même d’une façon éphémère  au cours de l’histoire, mais ce n’est pas le cas par exemple de la Biélorussie), a développé dans le pays une très grande méfiance, attisée en plus par la propagande nationaliste. Les Etats Unis, sous couvert de l’OTAN ont fait déjà des tentatives pour installer des batteries de missiles anti-missiles dans plusieurs pays limitrophes de la Russie … et cela les inquiète. L’Union Européenne qui a rejoint l’OTAN, est donc considérée comme « compromise » avec les Etats Unis.

4. Venons en à l’Ukraine : pourquoi les médias ne rappellent-ils pas quelques réalités historiques qui expliquent, certainement en partie, l’attitude des Russes et peut-être celle d’un certain nombre d’Ukrainiens :

*        KIEV est le berceau historique de la Russie (vous connaissez l’attachement particulier du peuple Russe à la « terre » russe qui est, avec la religion orthodoxe,  partie intégrante de la culture russe, de l’âme russe (cf « rodina »), et qui aurait certes un peu tendance à se confondre avec l’ex territoire de la CEI !). Aucune  des « vieilles familles Rurik » qui ont bâti la Russie, et qui sont originaires de l’ancienne Principauté de Kiev ne se dit Ukrainienne !

*         L’Ukraine a été rattachée à la Russie avant que la Bretagne ne soit rattachée à la France ! En fait, avant de devenir Russe, l’Ukraine, Tatare, Polonaise, etc…  n’avait été indépendante de toute son histoire que … 60 ans !

Or, le seul argument mis en avant, tout à fait exact, est la volonté de la Russie de vouloir conserver un « pré-carré » : cet argument est présenté comme un crime international odieux  due à la volonté paranoïaque d’un homme … sans avoir l’honnêteté de tenter la moindre explication.

* La Crimée est évidemment un point très sensible et on peut comprendre du côté russe une certaine inquiétude de voir le nouveau Parlement (qui a déjà supprimé la langue russe comme 2ème langue) remettre en question les accords signés concernant la base de Sébastopol : cela n’a rien d’absurde or les Russes tiennent à ce port qui est leur seul vrai port d’accès vers la Méditerranée … et qu’ils avaient rattaché en 1954  à ce qui était alors pour l’URSS la  « Province » ou « la « Région » Ukrainienne, c’est à dire à la République Socialiste d’Ukraine … Ces pays satellites étaient à l’époque en fait des Régions comme le sont les « States » aux Etats Unis.

Je pense par ailleurs que l’Ukraine est consciemment ou non en quête d’identité,  situation qui tient, à mon avis, essentiellement à sa situation géographique et probablement un peu à son histoire  :

A.    Présence d’ethnies d’origines diverses (avant d’être Russe, ce pays a été en effet Tatare et Polonais)

B.     Frontière commune avec des pays d’Europe ce qui explique aussi la pénétration, l’influence des « idées européennes »

C.     Présence de religions diverses : bien qu’orthodoxe en majorité, son passé polonais et sa proximité avec l’Europe a certainement facilité la pénétration et  la présence significative des « Uniates » catholiques dans le pays.

Il est évident que la motivation 1ère des Ukrainiens qui manifestaient était de se débarrasser d’un régime corrompu … et si pour y arriver, ils pouvaient obtenir le soutien international en mettant en avant leur désir de se rapprocher de l’Europe, le pas a vite été franchi. Il est probable qu’un certain nombre de responsables espèrent aussi (peut-être un peu naïvement) qu’un rapprochement avec l’Europe leur apportera une amélioration sensible de leur vie quotidienne. Nous ne sommes pourtant certainement pas prêt à les intégrer ni à combler leur déficit et je ne suis pas certain que le champion du monde de boxe, égérie du mouvement d’opposition, ait les capacités d’une vision géopolitique …

Cela dit, il n’est nullement question de contester l’indépendance de l’Ukraine et ce pays qui est naturellement, historiquement et économiquement tourné vers la Russie, doit aussi, bien entendu, développer des liens et des accords avec ses voisins européens. Cela facilitera d’abord l’instauration d’un régime plus démocratique dans le pays et par « capillarité ! » pourra aussi, peut-être, influencer l’évolution démocratique de son grand voisin Russe. Dans tous les cas, ce pays a vocation à devenir une passerelle utile entre l’U.E. et la Russie.

Conclusion : les Ukrainiens ont intérêt à mettre un peu d’eau dans leur vin … car ils ont besoin de la Russie sur le plan économique comme la Russie a besoin de rapports apaisés avec son voisin (intérêts mutuels) ce qui n’empêche en rien ce pays d’avoir des relations très proches avec l’Union Européenne. La campagne idiote de dénigrement de la Russie dans les médias européens et surtout français fait un tort considérable à une solution pacifique et raisonnable de ce conflit. 

Nota : j’en profite pour redire mon regret de ne pas voir la France tenter significativement de prendre des parts de  marché dans cet immense pays Russe en pleine expansion grâce au pétrole au gaz et dont tout le développement intérieur reste à faire : les italiens et les allemands sont moins bêtes que nous ! Au nom des « Droits de l’homme », nous diabolisons ce pays sans se rendre compte qu’après des siècles de dictature impériale puis 70 ans de communisme, ce pays n’est pas encore prêt à accepter une démocratie à la française. Le dictateur Poutine est, je pense, une étape nécessaire dans cet immense pays  qui ne reviendra jamais au communisme.

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